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3. Barbentane est une zone d’expansion privilégiée pour les crues

Barbentane est une zone d’expansion privilégiée pour les eaux en cas de crues et, contrairement aux discours convenus, tout laisse à penser que ces crues peuvent s’accroître.

Pour éviter d’atteindre directement le village, la pénétration des eaux de crues, violentes ou non, a été déviée par un ouvrage ancien : le canal des Alpines, dont l’utilité protectrice n’est pas évoquée dans le dossier Redland.

En cas de crues, les eaux peuvent s’écouler entre la digue actuelle et ce canal, renforcé pour ne pas être emporté, jusqu’au quartier du Mouton et ensuite, seulement, revenir vers le village en ayant perdu leurs forces destructrices.

Le contre-canal actuel et la piste Redland, qui y est parallèle, constituent maintenant la voie royale pour l’écoulement de ces eaux si elles ne sont pas trop importantes. Protection efficace si rien ne vient entraver la course des eaux, si donc rien n’a été construit sur leur passage, si rien ne permet que ces eaux troubles et polluées ne soient en contact direct avec celles des nappes phréatiques, et enfin si leur violence torrentielle ne met pas en péril les ouvrages trouvés sur son chemin !

Or cette expansion des eaux en cas de crues est menacée !

Déjà, une décharge sauvage (fermée mais bien garnie !) se trouve dans le lit d’expansion des eaux. En cas d’inondations, elle serait lavée et emportée vers l’Ouest, dans le contre-canal, la gravière, puis vers le village avec les conséquences que chacun peut imaginer !

Enfin, des constructions souvent agricoles sont autorisées dans ce secteur classé "zone inondable". Dans le plan de secours contre les inondations, 6 secteurs sont définis et à évacuer préventivement le long du Rhône et de la Durance : les Esplantades, le Mouton, les Iscles, le Resvaux (île de la Mourre), la Sainteté, le Petit Claux. On y trouve quelques mas, aucune entreprise, et la décharge avec un risque de pollution majeur.

L’expansion des eaux est donc entravée par ces éléments. Par sa position géographique, la gravière va interdire et bloquer cette expansion.

Les eaux de crues vont-elles augmenter ou diminuer à l’avenir ? Les fleuves sont-ils définitivement domptés ? Si les niveaux des eaux des fleuves baissent, aucun problème et on peut laisser construire sans trop se soucier du lendemain. S’ils montent, le danger est grand et il vaut mieux dès aujourd’hui tout interdire.

Il faut donc envisager les risques possibles non évoqués par le dossier Redland :

A) Risques liés aux pratiques de protection généralisée.

Les digues submersibles actuelles protégent-elles des crues définitivement ?

Les remblais T.G.V. constituent souvent une nouvelle digue naturelle et la SNCF n’a sans doute pas construit des lignes T.G.V. pour les laisser noyer ou emporter par les eaux. Protégées des crues, elles sont un obstacle de plus pour l’expansion des eaux... Par ailleurs, le futur pont de la LEO entraînera une élévation des niveaux d’eau de Durance.

Si on considère que les gravières actuelles dans le lit de la rivière, sont un moyen privilégié de le nettoyer, d’araser les bancs de graviers accumulés, de permettre les infiltrations d’eaux qui alimentent les nappes des environs, et donc de faciliter l’écoulement des eaux, que va-t-il se passer si elles sont interdites dès cette année ?

L’absence de nettoyage ne va-t-il pas accumuler les alluvions, colmater l’alimentation des nappes, accroître les obstacles naturels, réduire les écoulements et infiltrations ? Le volume des eaux peut donc être plus important et donc plus menaçant en cas d’intempéries. En 1994, Mallemort et Mérindol l’ont appris à leurs dépens.

À Charleval, Lauris et la Roque d’Anthéron, les inondations de 1994 ont rompu les digues et mis en péril 400 habitations, alors on élève une nouvelle digue de 15 km pour mettre en sécurité les secteurs habités ! c’est logique...

Les communes riveraines du Rhône en nord-Vaucluse ou plus haut veulent protéger leurs constructions par des digues... Comme les digues et barrages ne pourront pas contenir toute l’eau ainsi canalisée, où va-t-elle s’écouler ?

Et l’on construit partout de plus en plus dans des zones inondables. Il faudra donc protéger l’habitat des crues comme nous l’avons fait à Barbentane, comme les autres font et feront aussi. Et si tout au long des fleuves, chacun élève une digue, le niveau des eaux va s’accroître. Ne pouvant être toujours contenues, elles vont trouver une issue, en sautant les digues ou en faisant sauter les digues !

Quand on sait que les affluents des deux fleuves : Gardon, Cèze, Ouvèze, Sorgues... ont des crues de plus en plus torrentielles du fait du déboisement, de l’urbanisation croissante, du manque d’entretien des lits, on peut être inquiet des effets induits sur les niveaux d’inondations futurs et cela doit conforter notre refus de modifier ou d’empêcher le fonctionnement des ouvrages imaginés par les anciens. Depuis Nîmes (1988) et Vaison-la-romaine (1992), il semblait que la leçon avait été entendue !

Alors que depuis 1994 nous sommes dans une période de calme hydrologique qui ne durera peut-être pas, les conséquences de l’élévation générale des digues aux alentours sur le niveau et l’importance des crues pour notre village ne sont pas prises en compte dans le dossier Redland. Alors que la protection généralisée des crues introduit un risque supplémentaire dans une zone déjà inondable et constitue une menace traitée trop légèrement, aucune étude n’a jamais été effectuée pour connaître l’impact de tous les aménagements sur l’écoulement des crues du Rhône et de la Durance. Malgré cela le dossier indique : "la C.N.R. confirme l’absence de risques, et qu’avec les digues, nous ne connaîtrons plus jamais d’inondations... sauf accident technique imprévisible". L’assurance des experts et techniciens est toujours impressionnante.

B) Risques dus aux accidents techniques "imprévisibles" de novembre 1994.

- Une amarre de la barge de l’entreprise ex-Callet - Redland se rompt sous la pression du courant. La menace de voir la barge emportée dure plusieurs heures. Elle aurait alors heurté violemment le pont de Rognonas, puis le viaduc SNCF, le pont d’Aramon, le barrage de Vallabrègues..., en provoquant sur ceux-ci et sur la crue des conséquences difficiles à imaginer. Par chance, les autres amarres ont tenu... Redland est bien placé pour évoquer d’éventuels accidents techniques imprévisibles...
- À la même époque, vers le pont d’Aramon, la digue du Rhône fuit. Que s’est-il passé ? Le même phénomène qu’en Durance en 1935 et 1951 mais sur le Rhône : rupture de digues alors, mouvement dans la digue en 1994, créés par la pression des crues dans les lits souterrains, où les eaux effectuent un travail de sape des digues fragilisant celles-ci jusqu’à leur point de rupture : L’enrochement de la digue du Rhône a bougé et un affaissement s’est produit.... L’ancien lit de la Durance se perd aussi sous un fameux domaine des Resvaux dit "île de la Mourre" qu’on va découvrir de sa chape de terre ?

Redland, Antéa et Burgéap insistent avec raison sur les effets du colmatage des berges et des infiltrations qui solutionnent à terme tous les problèmes d’équilibre entre plans d’eau, mais ils oublient de signaler ce qui s’est produit en ces occasions, c’est-à-dire le contraire et les conséquences dramatiques qu’aurait pu produire ce débouchage sous pression si la digue protectrice avait craqué !

Ce travail des eaux n’est pas que le fait des fleuves et des rivières mais se produit partout. Ainsi en 1994, lonnes et roubines étaient gorgées d’eau et au bout d’une semaine de pression, une multitude de colmatages souterrains ou de surface (bouchons, levées de terre, trous obstrués...) avaient sauté et si la crue avait persisté ou était revenue peu après, des infiltrations se seraient produites rapidement en des endroits habituellement au sec.

À la question posée : les digues actuelles protègent-elles définitivement des crues ?, la réponse est oui, jusqu’au point de rupture qui, lui, est imprévisible mais hélas fortement envisageable, qu’il soit dû à un accident technique ou à une initiative intempestive du fleuve Majeur ou de dame Durance, non envisagée par Redland (document n° 1 page 19).

Affirmer que les digues actuelles protègent définitivement des crues est irresponsable !

En l’absence d’étude approfondie sur les risques conséquents à ce travail des eaux souterraines, il serait préférable de ne rien faire qui puisse aggraver la situation.

C) Risques accrus par la gravière.

Redland évoque les risques de crues pour dire que tout va bien puisqu’il y a les digues... et va s’en protéger par :
- Une plate-forme surélevée sur le site, où, en cas de crues, les ouvriers se réfugieront en attendant les secours, et une surverse du trop plein vers le contre-canal qui, en une telle période de surcharge hydraulique, aura quelques difficultés à jouer son rôle et qui confirme le fait que la gravière n’aura aucune autre issue naturelle vers celui-ci....
- Des digues artificielles autour des ouvrages, avec la terre enlevée et des merlons. Mesurant 4 m de haut, elles sont censés faire obstacle au passage éventuel des eaux de crues et donc à nouveau de l’expansion "naturelle" des eaux (document 7 A page 66).

Ces eaux de crues, refoulées, vont sans doute suivre le contre-canal, qui ne pourra tout absorber, et donc emporter les merlons pour pénétrer dans la gravière ou trouver des issues plus directes vers le village ou noyer plus rapidement et fortement les terres et maisons prises dans l’étau. (Les eaux en furie, modèle 1935, ont atteint St Joseph en 5 mn).

Ouvrir 50 ha de terres sur 22 m de profondeur va inéluctablement créer un puits artificiel mettant les nappes phréatiques en contact direct avec les eaux d’inondations, chargées au passage du contenu de la décharge.

Enlever de tels volumes de terres à proximité d’un fleuve et d’une rivière aussi puissants, peut aggraver le décolmatage et les phénomènes d’infiltration et les résurgences des eaux vers la plaine où le sol actuel fait "couvercle" et en limite les possibilités. Ne va-t-on pas créer un puits artésien avec une plaine en dessous du niveau des crues ?

La gravière crée donc d’hypothétiques risques supplémentaires non évoqués qu’il vaut mieux éviter de courir !

Les menaces hydrauliques du village sont plus sérieuses et plus graves que l’avenir économique de ces quartiers, et les profits immédiats que certains espèrent en tirer sont de piètres excuses. Il est irresponsable d’oublier que fleuve et rivière sont parfois et encore trop souvent des fléaux que les hommes provoquent.

La puissance naturelle de la Durance en crue est celle d’un torrent qui, en dépit de tous aménagements, reprend un jour son ancien lit pour indiquer qu’il est et sera toujours le maître ! Nous en avons les preuves sur place, mais nous jouons, une fois de plus, les aveugles et les sourds, en s’abritant derrière des experts et des intérêts privés...

Installer une gravière dans une zone submersible va avoir aussi une autre conséquence, celle qui autorise alors d’autres aménagements ultérieurs dans les mêmes zones. La gravière va ouvrir une brèche dans les interdictions, brèche déjà perceptible dans les projets du Grand A ou les propos de la Chambre d’Agriculture aux agriculteurs. Brèche qui va encore aggraver l’aléa hydraulique à venir.

Les pressions économiques très fortes qui s’exercent sur ce dossier ne doivent pas faire oublier les risques sérieux mal élucidés et souvent éclipsés derrière les aspects ornementaux ou financiers : Roselière du plan d’eau, longueur du tapis roulant, partenariat...


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