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A. Espace vulnérable

Histoire d’un village entouré d’eaux

Avec environ six jours et 53 mm de pluie par mois en moyenne, l’histoire de Barbentane est indissociable de celle des eaux tombées du ciel, avec à certaines périodes des averses diluviennes. Mais ces précipitations seraient anecdotiques si le village n’était pas situé au confluent de deux vallées creusées par deux magnifiques cours d’eau toujours présents : La Durance et le Rhône.

Circulant sur son sol, les ruissellements, crues et inondations ne sont que des manifestations naturelles du cycle terrestre de l’eau qui a ici façonné son paysage, dessiné ses formes, enrichi sa terre, parcouru ses espaces et donné aux hommes qui y vivent une longue cohabitation souvent heureuse (eau des sources, travail, transport, matériau, alimentation, habitat, loisir, légende...), et parfois malheureuse ou dramatique (accidents, crues dévastatrices...).

Autrefois mythifiés, souvent craints ou attendus, ils ont longtemps jalonné la mémoire des habitants, figuré dans leurs récits, marqué leurs histoires. Puis, la société moderne les a plus ou moins oubliés et ils se manifestent désormais brutalement dans des espaces envahis par les activités humaines qui sont alors dévastés.

Comment ne pas les comprendre. En certaines périodes, le fleuve Rhône et la rivière Durance doivent absorber tout le liquide céleste des averses méditerranéennes, cévenoles (Les bassins versants cévenols sont " hors norme " sur le territoire français et détiennent les records de pluviométrie et de débits spécifiques par unité de surface) et d’apparitions variables.

Les précipitations peuvent atteindre de 100 mm en 24h sur les Cévennes ou Alpes du Sud à 600 mm en 3 jours en 2003, avec des cumuls mensuels de 500 à 1500 mm sur les Cévennes et 300 à 800 mm sur les Alpes du Sud et le couloir Rhodanien, soit environ 2 à 5 fois les moyennes interannuelles.

Elles sont parfois accompagnées du phénomène de Lombarde ou " retour d’est " : des flux humides en provenance d’Italie franchissent alors les crêtes des Alpes et se condensent coté français en donnant de fortes précipitations (crue de septembre 1993).

De plus, fleuve et rivière occupent la place depuis plus longtemps que nous. Et ils n’ont pas la possibilité d’en changer. C’est donc à nous de tout faire pour réduire leurs dégâts, mais accepter leur débordement en s’organisant pour leur passage, connaître leur fonctionnement et les limites à ne pas dépasser pour ne pas les contrarier, penser aux autres riverains qui devraient en faire autant à moins de vouloir noyer les voisins dans un grand élan d’égoïsme.

Le fleuve ou la rivière nous tolèrent à leurs côtés, nous apprennent à être patient, à choisir entre deux maux : une protection à tout prix et ses dysfonctionnements inévitables (digue submersible quand on ne le souhaite pas, retenue d’eau saturée quand il continue à pleuvoir, rupture de protection censée tenir toujours sauf au moment où on s’y attend le moins...), ou un voisinage compréhensif et ses inévitables moments de tension.

Certes, l’homme est porté à dominer la nature et ses aléas. Il suffit pourtant d’en regarder la puissance et en mesurer la force en période tranquille, pour comprendre notre vulnérabilité naturelle et la vanité ou la naïveté de nos efforts dans les moments où ces flots en furie ne peuvent tolérer ou subir ni limites ni contraintes...

Ce n’est pas le changement climatique qui est en cause, ce n’est pas la précipitation qui augmente, c’est la vulnérabilité plus grande de nos existences quotidiennes et surtout la bêtise des habitants et responsables qu’il faut décrire pour éviter que l’avenir soit encore plus sombre.


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