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Humour mulassier

Elles ont été nombreuses dans nos campagnes, des plus sinistres, lorsque qu’un propriétaire décédait après un coup de pied mortel de son cheval, aux plus cocasses, où la gent mulassière - au caractère bien trempé - occupe bien sûr la meilleure place. L’histoire en a laissé quelques-unes (récoltées pour certaines auprès de Marius Teyssedou - M.T.) que voici :

Le mulet misogyne

C’est un beau mulet, moyen de taille, bien fait, trapu sur ses membres solides, en un mot : apte au travail, mais doté, comme beaucoup de ses congénères, d’un sacré caractère.

Quand son maître le fait travailler en commandant d’une voix puissante et autoritaire, le mulet, malgré quelques signes d’indépendance, comme du retard au départ ou un changement de sillon, obéit visiblement à contrecoeur mais s’exécute.

Par contre, quand la maîtresse est dans l’obligation de le faire travailler, et malgré sa voix forte et bien timbrée, il faut force cris et quelques coups de fouet pour arriver à le faire démarrer. Quelques pas plus loin il s’arrête, s’accroupit, fait mine d’uriner ou s’immobilise, soulève la queue, comme pour lâcher un crottin... Rien de sérieux bien sûr, mais quelques instants de répit, de repos ou en langage humain " la grève perlée".

La maîtresse découragée n’a pas d’autres choix que de le ramener à l’écurie, où il revient en courant, bien entendu...
M.T.

Un mulet contemplatif

Au moment des inondations de 1935, la digue de Durance cède sous la pression des eaux et la crue est si subite que le maître, n’ayant pas le temps d’évacuer le mulet, le monte non sans mal par l’escalier dans une chambre à l’étage, afin de lui éviter la noyade.

Mais un cheval dans une chambre ne peut pas aller aux toilettes quand il le faut, d’autant qu’à cette époque reculée, le "cagadou" se trouve au fond du jardin, donc sous les eaux....

Pour éviter les salissures, une seule solution : Se munir de seaux et de serpillières, veiller auprès de l’animal et essayer de prévoir le moment et le lieu de chute des "besoins" du quadrupède.

Alors que son propriétaire se fait un sang d’encre pour le plancher et pour les dégâts que, dans les terres, les inondations provoquent, le miòu, lui, confortablement installé au sec, se regarde longuement, pour la première fois de sa vie, avec un étonnement sans cesse croissant, dans la glace miroir de l’armoire...

Au lendemain d’une nuit blanche, le maître réussit à arracher l’animal à sa propre contemplation et passer presqu’une heure avec trois arrêts sur les paliers, pour le faire redescendre, après beaucoup de difficultés, par l’escalier...

Le mulet directeur

C’est le mulet de deux frères célibataires un peu âgés qui habitent au fond d’une impasse du village. Au débouché de cette impasse, il y a trois directions possibles pour aller travailler et les frères possédent des terres dans toutes les directions.

Chaque matin, ils attellent la charrette au mulet qui, au pas, va jusqu’au croisement, s’arrête, hume le vent, regarde dans les trois directions et, on n’a jamais su ni pourquoi, ni comment, choisit lui-même celle qui lui convient pour la journée.

Les deux frères, sur la charrette, se trouvent alors une bonne raison pour accepter le choix mulassier....
M.T.

La mule en goguette

"Tagada..., tagada", ce bruit de sabot caractéristique annonce habituellement un cheval au galop et, dans la ruelle du quartier, ce qui inquiète, c’est la vitesse du galop et les hennissements qui accompagnent la course ! La mule de Joseph s’est encore échappée...

À chacune de ses chaleurs, impossible de la tenir. Elle défait ses attaches, saute la barrière, court dans le village jusqu’à ce que Joseph enfin la rattrape et la ramène à l’écurie.

La scène dure une bonne demi-journée, car elle trotte vite la rosse, et Joseph n’a qu’un vieux vélo pour courir après. Les enfants sont effrayés à son approche et les mamans crient de vite rentrer à l’abri et de ne plus sortir tant que... La peur au ventre, le nez écrasé sur le canevas ou la vitre, chacun exprime sa crainte ou son courage et compte le temps entre les passages de la mule et du vélo.

Parfois la mule revient au grand galop et Joseph, à qui elle a échappé, bougonne en pédalant contre le mauvais sort dont il est une fois de plus la victime. Il peste contre le temps perdu et promet une de ces bastonnades à l’arrivée..., et de la vendre à l’équarrisseur si, par malheur, elle détruit au passage quelques jardinets ou provoque un accident de circulation.

Mais Joseph arrive toujours à arrêter la mule excitée, lui hurle après et la rentre è l’écurie.

Au quartier, on a alors de quoi causer pendant une bonne semaine. Il est vrai qu’à l’époque, il n’y avait pas de télévision.

Le miòu qui bouge les oreilles

Toutes les deux minutes, quoiqu’il fasse, le mulet attelé et tirant la charrue, entend vociférer son propriétaire :

« Attention à ce que tu fais espèce de bourrique, je te dis doucement c’est pas pour aller vite ! Là, comme ça, tu vois quand tu veux !

Ô hio, ô hio, tu ne vois pas que tu marches sur la raie ? La raie, c’est pour les choux, pas pour le miòu !

À dia, à dia, je n’ai pas dit de tourner sacré bourrin, on dirait que tu le fais exprès pour me faire crier !

Et allez, te gêne pas, "caque-moi" sur les pieds..., bougre de malpoli !

Et surtout ne t’arrête pas, comme ça je n’ai pas le temps de placer la charrue..., tu es pressé de te mettre à l’ombre ?

Qu’est ce que tu as encore à remuer la queue ? Ce n’est pas possible que pour 4 mouches d’âne, tu sois aussi agité ! Si j’avais su, j’apportais la tapette !

Manger dans la raie, il ne manquait plus que ça..., allez avance grosse bête, tu attendras ton heure comme moi !

... »

Et la même scène se répète tous les jours, toute l’année : Chaque fois que le propriétaire braille, la bête bouge les oreilles, mais n’en fait qu’à sa tête pour une raison bien simple..., elle est sourde.

Un mulet très expressif

En plus du travail des champs, Bobbi transporte les charrettes de choux-fleurs de la terre aux remises d’expédition où, pour les préparer et emballer, les ouvrières les prennent directement sur la jardinière qui reste attelée.

Le mulet et son chariot sont donc obligés de stationner longuement dans la remise, et Bobbi n’est pas content du tout de cela.

Aussi, ni à l’aller, ni au retour, mais à chaque fois qu’il arrive au beau milieu des emballeuses, qui ne manquent pas de protester vivement, Bobbi fait un énorme crottin bien odorant.

Son maître, qui le connait bien, ne peut que conclure : Il lui manque la parole, mais on comprend bien ce qu’il veut nous dire !
M.T.


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