Vous êtes ici : Traditions > Li Jouine > Panoucho
Panoucho
C’était le complément « naturel » du martelet

Autrefois, les boulangers utilisaient des fagots de ramille de pins pour chauffer leur four avant de cuire le pain. Ce combustible, de haute teneur calorifique, permettait après la flambée, de produire un pain doré et parfumé, si appétissant qu’on ne pouvait s’empêcher, en sortant de la boulangerie, d’en croquer le "quignon".

Mais avant de déposer les pâtes allongées sur le sol du four à l’aide d’une longue et étroite pelle de bois, le boulanger le débarrassait des cendres et des tisons encore fumants. Ce travail était effectué avec un long manche de bois dont l’extrémité se terminait en T, recouvert d’un vieux chiffon large et mouillé que le boulanger passait et repassait sur le sol du four. Cet instrument, rudimentaire mais efficace, c’était la "panoucho" (en français vieux chiffon, ou torchon. Il existe aussi un autre sens, mais il désigne certaines femmes d’une manière péjorative et n’a pas sa place dans le sujet de cet article).

Il arrivait donc, parfois, que certaines bandes d’adolescents emportent, dans leurs escapades nocturnes, à la fois la panoucho et le martelet. Celui-ci était facile à fabriquer, et la panoucho se trouvait très souvent mise à sécher sur le mur extérieur de la boulangerie : Il n’y avait qu’à se servir, quand ce n’était pas le boulanger qui la prêtait volontiers. Précision : Il prêtait l’outil, mais pas le torchon, pour une raison que vous comprendrez rapidement.

Voici donc nos garnements en route. Même scénario, même mise en scène, mais deux acteurs et non plus un seul, car lorsque le martelet avait produit son effet attendu, c’est-à-dire lorsque les volets s’ouvraient, le deuxième acteur tenait verticalement le manche de la panoucho dont l’extrémité supérieure se trouvait à hauteur du premier étage, si bien que la "victime" n’avait pas le temps de poser la question rituelle : "quau sias ?".

En effet, son visage était promptement frictionné (en provençal fringouia) par le vieux chiffon au bout du manche en T que les misérables chenapans avaient eu soin de tremper au préalable dans un purin frais et particulièrement odorant.

Après un double aller-retour de la panoucho sur le visage du malheureux, la bande s’évanouissait dans la pénombre accueillante d’une haie de cyprès toujours proche, étouffant ses explosions de rire et attendant la suite qui ne tardait jamais, surtout l’été : La "victime" sortait et, accoudé à la pile près de la pompe - ou du puits - se débarbouillait énergiquement au savon de Marseille pour tenter, entre deux torrents de malédictions ou d’injures, d’éliminer l’odeur tenace et épouvantable qui lui collait à la peau et..., aux narines.

Parfois, le lendemain, sur le marché, l’intéressé se livrait à une enquête afin de tenter de découvrir les coupables de cette abominable plaisanterie en maugréant entre ses dents un : "Bouto..., se lis agante...," menaçant.

Mais c’était, bien sûr, la loi du silence...


Contacts | Espace privé | Mise à jour le 2 mai 2013 | Plan du site | Haut de Page