Vous êtes ici : Associations > DDARD > Etang de Berre - Durance
Etang de Berre - Durance

Enquête publique du 9 janvier au 17 février 2006 sur le « lissage » des rejets EDF dans l’étang de Berre par restitution à la Durance

Sur saisine de la Coordination des Pêcheurs de l’Étang de Berre, le 7 octobre 2004, la Cour Européenne de Justice (CEJ) a condamné la France pour infraction à la Convention de Barcelone au Protocole d’Athènes, du fait de la « pollution massive et prolongée de l’étang de Berre par les rejets de la centrale de Saint-Chamas », terminal de l’aménagement hydroélectrique de la Durance, décidé par la loi 55-6 de 1955.

Le gouvernement français a alors engagé un processus de « lissage » de ces rejets dans l’étang : maintien au niveau actuel avec simple limitation hebdomadaire...

La Commission Européenne vient d’annoncer qu’elle rejette le « lissage » dont l’inefficacité est avérée. La France est désormais passible, sous cinq mois, d’une amende et d’astreintes financières lourdes (La Provence 21/12/05 ).
Malgré cette menace, le gouvernement persiste. Il ouvre une enquête publique sur son projet de « lissage », du 9 janvier au 17 février 2006, dans 45 communes riveraines de l’étang, de la Durance et du Rhône, aval de Mallemort, dont Barbentane.

Le Collectif Adam de Craponne, appelle les citoyens et les associations de ces territoires, à refuser le « lissage » et ses conséquences financières, ainsi que tout projet de dérivation du canal EDF ; il les appelle à se prononcer pour la réhabilitation de l’étang de Berre, pour la réhabilitation des autres écosystèmes perturbés par le détournement de l’eau de la Durance - rivière, nappes phréatiques, plaines irriguées, Camargue - et pour la sécurité dans le val de Durance : conciliation des intérêts enjeu, à l’échelle de la Région Provence Alpes Côte d’Azur.

• Ni « lissage » des rejets EDF dans l’étang de Berre, inefficace et lourd de menaces financières, ni « dérivation » dévastatrice ;
• Limitation immédiate à 1 milliard de m3/an, jusqu’à l’arrêt total, suivant des modalités qui concilient les intérêts en jeu.

Quelques explications

L’étang de Berre victime du détournement de la Durance : gaspillage d’eau massif, tout aussi nuisible pour la rivière, les nappes phréatiques, les plaines irriguées, la Camargue, la sécurité, à l’échelle de la Région Provence Alpes Côte d’Azur.

La Durance représente 75 % de la ressource PACA en eau. Son aménagement a été décidé par la Loi 55-6 du 5 janvier 1955. Il a pour caractéristique majeure de détourner l’eau de la rivière dans un canal usinier, sur 220 des 300 km de son cours, depuis Serre-Ponçon (05) jusqu’à l’étang de Berre (13). Les diagrammes de ses débits, avant et après aménagement, mettent en évidence les méfaits multiples et profonds du détournement massif de l’eau qui sont autant d’infraction à la législation.

• Étang de Berre dénaturé : potentiel de vie, de loisirs et d’emplois perdus
• Gaspillage massif d’eau douce : 3,6 milliards de m3 par an, « réduit » à 2,1 milliards de m3 depuis 1995 soit encore 1 150 litres gaspillés chaque jour par chacun des 5 millions d’habitants de la région PACA !
• Rivière asséchée, dégradée sur 220 des 300 km de son cours : potentiel de vie, de loisirs et d’emplois perdus
• Nappes phréatiques en baisse, dégradées : réserves stratégiques entamées
• Rivière et nappes asséchées et dégradées : sécheresses toujours plus redoutables
• Camargue privée de matériaux constitutifs, en recul : potentiel de vie, de loisirs et d’emplois menacés
• Durance plus dangereuse que jamais (rapport SOGREAH) page 4

Le « lissage » des rejets dans l’étang ne résout rien ; c’est le statu quo d’une situation inadmissible et condamnable, qui nous expose à des sanctions financières lourdes.

De 1966 à 1995 les rejets de la centrale de Saint-Chamas dans l’étang de Berre ont été de 3,6 milliards de m3 par année moyenne, avec 200 à 400 000 tonnes de limons. À partir de 1995, suite aux manifestations des riverains, le « Plan Bamier » les a limités à 2,1 milliards, avec 100 000 tonnes de limons. Ce niveau de rejets n’a pas permis à l’étang de retrouver sa vie marine. Leur « lissage » n’y changerait rien.

Floues et confuses, les données sur le « lissage » ne plaident pas en sa faveur :
• Maintien au niveau actuel, en vigueur depuis 1995, 2,1 milliards de m3/an, des rejets EDF dans l’étang, par restitution à la Durance à Mallemort (13) ;
• Limitation moyenne à 62,4 millions de m3 par semaine, rattrapage possible à 80 millions... pas de limite en cas de crue du Rhône ou de problème électrique.

L’analyse de la justification du « lissage » n’est pas plus convaincante.
• II est fondé sur un modèle numérique, Télémac 3D, développé par EDF, juge et partie, et ce modèle n’est pas validé suivant les standards internationaux ;
• Sa fiabilité est d’autant plus contestable que les données de terrain qui lui sont fournies sont insuffisantes en quantité (trop peu de relevé) et en qualité (pas de relevé de température par exemple) ;
• Les résultats qu’il annonce comme viables pour les coquillages, salinité minimale de 15g/l, ne sont pas du tout celles du bassin de Thau qui sert de référence
Le « lissage » perpétuerait la subordination de la gestion de l’eau à la production d’électricité et ses conséquences négatives

La « dérivation du canal usinier (ou de ses eaux) vers le Rhône » préconisée par le GIPREB pour mettre un terme aux rejets dans l’étang, est définitivement disqualifiée.

La dérivation du canal usinier (ou de ses eaux par siphon) vers le Rhône, a été étudiée dès 1993 et rejetée car trop chère au regard de son intérêt énergétique (l à 2 milliards d’euros).

Depuis six ans qu’il existe, le « Groupement d’Intérêt Public pour la Réhabilitation de l’Étang de Berre », le GIPREB, s’obstine à gaspiller l’argent public pour des études inutiles de dérivation du canal usinier vers le Rhône. Prohibitive, elle a été qualifiée de « peu réaliste » par la Mission Interministérielle Durance, rapport d’août 2002. Dévastatrice, cette Tarasque a été repoussée avec horreur par les populations de la Crau et du Piémont des Alpilles à qui elle a été promise en 2003. Serait-elle bon marché et « soft », que, perpétuant le détournement de l’eau de la Durance et ses méfaits, elle serait inopportune.

Tout au long de la procédure juridique commencée en 1998 , l’Europe a rejeté cette éventualité. Elle ne va pas la valider aujourd’hui quand son délai de réalisation (15 à 30 ans) la disqualifie face au délai de 5 mois, avant sanctions financières.

La « dérivation » a vécu. Le GIPREB budgétivore vivra-t-il encore longtemps ?

La solution, c’est la limitation immédiate des rejets EDF à 1 milliard de m3 par an, arrêt total possible : la Mer Intérieure Étang de Berre rétablie en quelques mois ; restitution bénéfique, suivant des modalités qui concilient les intérêts en jeu.

La sécheresse de l’année 2005 vient encore de prouver que l’étang peut retrouver sa vie marine en quelques mois ; la presse a rendu compte de cette renaissance ; bien des riverains l’ont constatée ; les pêcheurs l’ont exploitée en recueillant le naissain de moules ou en y péchant des espèces marines « nobles ».

Il est possible de reproduire les conditions imposées par la sécheresse pour rétablir, en quelques mois, la Mer Intérieure Étang de Berre, son potentiel de vie, de loisirs et d’emplois.

La procédure pour limiter les rejets à 1 milliard an, voire les arrêter, ne nécessite aucun aménagement ; elle est modulable, réversible, ajustable à la goutte d’eau près, en fonction des objectifs visés et des résultats obtenus.

Elle permet de rendre partiellement son eau à la Durance et de rétablir ainsi partiellement les équilibres détruits ou perturbés par son détournement sur 220 des 300 km de son cours :
- Le débit réservé de la Durance, passe de 4 à 15 m3/s depuis Serre-Ponçon (05),
- L’eau turbinée dans le canal usinier, indésirable dans l’étang, est restituée à la Durance et aux canaux d’irrigation, au niveau de Mallemort (13).

Bilan de cette restitution immédiate et partielle de son eau à la Durance :
- Grâce au « creusement » d’un volume-tampon au niveau de Mallemort, elle ne disqualifie pas la chaîne hydroélectrique et ne met pas en cause la sécurité dans le lit de la Durance de Mallemort à Barbentane...,
- Gaspillage d’eau douce réduit à 1 milliard de m3 par an, voire annulé (au lieu de 2,1 aujourd’hui),
- Reprise de la vie marine dans l’étang, rétablissement de son potentiel de loisirs et d’emplois,
- Rivière et nappes phréatiques associées partiellement ré-alimentées, reprise de la vie aquatique et des activités de loisirs sur 220 des 300 km de son cours, réduction de la dangerosité de la Durance...

Quant au problème des limons...
Les rejets en Durance de Mallemort à Barbentane... semblent poser problème du fait des limons qu’ils y apportent. C’est loin d’être prouvé. Par contre, c’est incontestable et mesuré, le manque de limon dans l’eau d’arrosage consécutif à l’aménagement a des conséquences négatives importantes :
- sans le colmatage des limons, les canaux se dégradent ; charge plus lourde pour une agriculture fragile,
- avec l’eau claire, la photosynthèse devient possible, le faucardage des canaux est nécessaire, entretien lourd,
- l’eau délimonée s’infiltre plus vite dans le sol et profite moins aux cultures : pour les arroser correctement il faut aujourd’hui 50 % d’eau en plus qu’avant l’aménagement !!!
On peut et il faut envoyer les limons préférentiellement dans les canaux d’irrigation, à certaines périodes bien choisies. Le reboisement des sites producteurs de ces limons permettrait d’en réduire les apports.

La sécurité électrique et la sécurité physique dans le val de Durance, ne sont pas incompatibles avec le retour de l’eau dans son cours naturel : elles l’impliquent impérativement !

Certains affirment que la restitution de son eau à la Durance à Mallemort disqualifie la chaîne hydroélectrique : elle ne serait plus mobilisable en quelques minutes ; et on ne pourrait pas se passer des centrales de Salon et Saint-Chamas, ralenties ou arrêtées. D’autres affirment que la restitution de son eau à la Durance, risque de « noyer Avignon et Châteaurenard... » !

« Creusement » d’un volume-tampon dans le barrage et le bief Mallemort-Salon
L’abaissement de 1 à 2 m du niveau du bief Mallemort-Salon du canal usinier et du barrage contigu, permet de créer un volume tampon de 1,5 à 2,5 millions de m3. On peut alors mobiliser toute la puissance de la chaîne en quelques minutes jusqu’à la centrale de Mallemort comprise.
• La centrale de Mallemort déverse 250 m3/s maximum dans le bief barrage,
• Les canaux d’irrigation évacuent 40 à 80 m3/s,
• Salon puis Saint-Chamas évacuent de 0 à 83 m3/s,
• La Durance évacue progressivement de 0 à 250 m3/s maximum.

Le barrage et le bief contigu se remplissent et se vident en même temps. Au début, l’entrée remporte sur les sorties et le niveau monte ; puis, le débit en Durance augmentant, entrée et sorties s’équilibrent et le niveau se stabilise ; il diminue ensuite quand les sorties remportent sur l’entrée.

Grâce à ce volume tampon la chaîne est donc mobilisable en quelques minutes, en toute sécurité pour l’aval de Mallemort.

Mais on peut et il faut se poser la question de la sécurité électrique et de la sécurité physique dans le val de Durance, que nos objecteurs ne se posent pas.

Sécurité de l’approvisionnement électrique.

Les changements climatiques en cours se traduisent par des sécheresses plus fréquentes et plus sévères. La production hydroélectrique en est réduite d’autant. La production thermique aussi : refroidies par les fleuves au débit très bas, les centrales ne pouvant pas être refroidies correctement, tournent au ralenti : perte de fiabilité des productions hydroélectrique et thermique.
• Transformée en « Station de Transfert de l’Énergie par Pompage », STEP, la chaîne Durance fonctionne à volume constant ; elle est indépendante de la pluviométrie.
• Transformée au gaz naturel - comme nous le proposons - la centrale fioul de Martigues-Ponteau (1000 MW), 4 fois Salon + Saint-Chamas, est opérationnelle quelle que soit la pollution de l’air qui la contraint aujourd’hui à être le plus souvent arrêtée ; refroidie à l’eau de mer, elle devient indépendante de la pluviométrie.

Sécurité physique dans le val de Durance.

Le débit maximum du canal usinier est de 250 m3/s ; le lit de la Durance peut étaler un tel débit, sans aucun problème. Par exemple, le 4 décembre dernier le débit à Mallemort était de 500 m3/s. Avignon ni Châteaurenard n’ont été inondées.
Les crues de la Durance peuvent dépasser les 5 000 m3/s à Mallemort. S’inscrivant en faux contre le mythe dangereux de « la rivière domptée par son aménagement », le rapport SOGREAH de juin 2001, commence, page 3, par cet avertissement : « Les crues importantes (de la Durance après son aménagement) restent proches de leur état naturel. L’absence de crues ordinaires les rend d’autant plus dangereuses ».

Dès lors on ne peut plus contester que la sauvegarde de l’outil de production électrique et la sécurité dans le val de Durance, ne sont pas incompatibles avec la restitution de son eau à la rivière, mais qu’elle implique cette restitution totale avec la STEP. STEP qui permet donc aussi de rétablir les autres équilibres perturbés par le détournement de l’eau de la Durance.

La chaîne Durance transformé en « STEP » : l’eau retrouve son cours naturel
La structure en escalier de la chaîne Durance, permet sa transformation en « Station de Transfert de l’Énergie par pompage », ou STEP, qui fonctionne à volume constant :
• Turbinage pendant les heures de pointe depuis Serre-Ponçon,
• Remontée de l’eau en heures creuses jusqu’à Serre-Ponçon.
La « STEP » implique un bassin de rétention aval et l’installation de pompes à chacune des centrales de la chaîne Durance.
Cette technique est employée par la centrale entre le lac de Sainte-Croix du Verdon amont et celui de Quinson aval.

Contacts pour plus d’informations :
Collectif Adam de Craponne 40 rue Auguste Renoir 13700 Marignane
TélFax 04 42 09 90 43 ; 06 81 37 85 61
Courriel : letangnouveau@.free.fr ; site internet


Contacts | Espace privé | Mise à jour le 2 mai 2013 | Plan du site | Haut de Page