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Menace des limons
Moyenne et Basse-Durance menacées par les limons
Colloque organisé par le Collectif Adam de Craponne à Eyguières les 17 et 18 décembre 2005
« Exposé de Mme Jane LAMBERT »
Un peu de géographie et d’histoire

La Durance prend sa source au Mont Genèvre et devient une rivière de 305 kms de long.
Son Bassin versant occupe une surface de 14 280 km 2 ; la moitié de la Région P.A.C.A, plus une partie du département de la Drôme. Elle se jette dans le Rhône entre Avignon et Barbentane.
C’est une rivière alpine qui bénéficie de la fonte des neiges, apportant de l’eau en début de période estivale, quand celle-ci manque cruellement aux régions méditerranéennes.
Son débit moyen, au niveau de Serre-Ponçon, est de 180 m3/sec, mais les aménagements EDF ne laissent passer qu’une très faible quantité d’eau dans son cours naturel.

Il y a 14 000 ans, la Durance était un fleuve qui rejoignait directement la mer par le seuil d’Eyguières. Des bouleversements géologiques et le comblement de son lit par des matériaux qu’elle charriait et charrie encore généreusement, l’ont conduite à réorienter son cours vers le Nord jusqu’à Vedène.
Les hommes de tous temps, ont essayé de bénéficier des bienfaits de l’eau pour la chasse, la pèche, l’irrigation des cultures. Dès le 12ème siècle, ils ont créé des canaux, pour arriver aujourd’hui à la couverture totale du territoire de ses divagations au cours des temps anciens.
Jusqu’au milieu du 20ème siècle, ses crues violentes, la faiblesse des moyens de lutte mis en place, en faisaient à la fois un bienfait pour l’homme, grâce à l’eau qu’elle apportait, et un fléau par ses inondations. En plus, la Durance était un biotope remarquable pour les poissons, certains oiseaux limicoles (foulques, poules d’eau) et laridés (sternes), un espace de jeux, de loisirs, sur la totalité de son cours, en restant une halte bénéfique pour les migrateurs, grâce à une eau abondante et de bonne qualité.

Etat de la Moyenne et Basse-Durance

Aujourd’hui, la rivière est transformée : la partie alpine est peu modifiée jusqu’au barrage de Serre-Ponçon, mais la Moyenne et Basse Durance sont complètement transformées.
La retenue de Serre-Ponçon représente 1.2 milliards de m3, soit plus du 1/6 de la totalité des retenues EDF. Elle permet d’assurer l’alimentation en eau potable d’une très grande partie de la Région PACA. : 230 millions de m3, l’alimentation régulière du réseau hydraulique de canaux qui assurent l’arrosage gravitaire de tout l’espace qu’elle a façonné.
Les 220 kms qui nous préoccupent, représentent 5 000 ha avec 78 communes riveraines.

Nous allons passer en revue les problèmes qui ont fait surface dans cette zone.

Les oiseaux :

Plus de 200 espèces sont observées sur ce parcours. Certains y nichent. Les crues de printemps favorisaient la nidification des oiseaux limicoles et laridés (dans les roselières au sol ou sur les îlots). Elles maintenaient un débit suffisant pour les mettre à l’abri.

Depuis la mise en eau de Serre-Ponçon, les crues alpines sont stockées dans le lac. Ceci rend les oiseaux nicheurs vulnérables aux renards, belettes, chiens errants, chats maraudeurs. Leur population a considérablement diminué au point que certaines espèces sont aujourd’hui protégées.

La vie aquatique :

78 communes déversent en Durance, leurs eaux usées, certes traitées mais qui n’ont pas les qualités de la rivière vive ; rajoutons l’activité industrielle de Saint-Auban et de Cadarache. Cela rend les quantités d’eau qui circulent, de piètre qualité.

Certains poissons nobles ont disparu ; la végétation a évolué dans le mauvais sens, bien sûr ; 220 kms de Durance, classés catégorie 1 sont passés en catégorie 2, du point de vue piscicole.

L’activité humaine :

L’absence d’eau a laissé apparaître le squelette de la rivière ; en même temps que le niveau baissait dans le lit mineur, il baissait dans les nappes alluviales, créant des problèmes d’alimentation en eau potable.

Cette rivière squelettique capturée par E.D.F. , est devenue une aubaine pour les carriers. Ils se sont mis à creuser de plus en plus profondément, tirant de cette moribonde, les sables, les galets les plus nobles dans la nappe profonde, en rompant le poudingue.

Une grave pollution a vu certaines communes, privées d’eau potable, s’unir pour fonder le Syndicat Mixte d’Aménagement de la Vallée de la Durance (SMAVD).
Ce syndicat avait pour tâche la surveillance de certaines digues, leur entretien et l’activité des carriers. Cependant les syndicats locaux de surveillance et d’entretien des digues persistaient.
Une taxe de fortage prélevée sur les extractions, des subventions et des taxes finançaient ses activités.

Arrive la Loi interdisant les prélèvements en rivière, finie la perception des taxes de fortage. Le S.M.A.V.D. connaît des difficultés ; il garde la confiance de ses membres ; il est le plus compétent sur la Durance. Il faudra bientôt assurer la gestion du Contrat de Rivière, sur la Moyenne et Basse Durance ; son travail est à la hauteur des enjeux.

Pendant ce temps et depuis la mise en exploitation du canal usinier, la Durance moribonde ne peut charrier ses agrégats : 15% de l’eau ne peuvent déplacer 80% des limons, c’est mathématique.

Ses affluents amènent les mêmes quantités de matériaux qui s’accumulent aux confluents.

Les petites et moyennes crues sont lissées ou absorbées. Le faible flux de la rivière est tout juste capable de mobiliser les fines, une très faible quantité de sable. Quant aux galets, ils restent sur place. Leur avancée est si faible qu’il faudrait plusieurs siècles pour les mobiliser !

Les fines commencent à colmater les souilles, perturbant la percolation de la rivière avec des nappes alluviales. Elles s’agglutinent sur les îlots. Les grandes crues sont trop peu fréquentes pour reconstituer le lit en tresses mobiles. La végétation s’installe, roseaux, typhas, lèches qui filtrent et retiennent les matières en suspension ; le lit s’exhausse de plus en plus, en Basse Durance.

Un passage étroit, correspondant au débit réservé, reste dégagé et se creuse. La Loi Barnier arrive : à partir d’une certaine turbidité, l’eau doit être restituée à la Durance. Les retenues intermédiaires, les barrages sont pleins de limons à 90%.
Les débits de restitution sont fixés entre 250 et 500 m3/sec. : le débit idéal pour favoriser les dépôts de limons en Basse Durance !

De son coté, la C.N.R., avec la retenue de Vallabrègues, fait remonter le niveau sur plus d’un km, dans le confluent. Cette nappe d’eau étale à certaines heures, favorisant les dépôts. Aujourd’hui, le lit permanent est incapable de recevoir une vraie crue. L’eau passe donc au dessus des limons, au dessus du niveau des terres riveraines.

Le phénomène d’encombrement s’aggrave d’autant plus que l’ensemble des retenues intermédiaires, les barrages sont maintenant comblés.

La Durance, au cours du 19ème siècle, a eu 3 crues de plus de 5000 m3/sec. La rivière actuelle serait incapable de les recevoir. Les crues sont des phénomènes cycliques. Tôt ou tard, un catastrophe majeure dévastera la vallée, très peuplée, de la Durance.

Pour couronner le tout, l’homme a installé dans le lit, ses grandes voies de communication : Autoroute A 51 et T.G.V. linéarisent, corsettent le lit, provoquant l’accélération du flux en cas de crues.

Aujourd’hui, un grand projet menace la Basse Durance, au sud d’Avignon. Il faut savoir que depuis le temps des Papes, la Rive Gauche, au Sud, est le bassin naturel d’expansion de la Durance. En Rive Droite, coté d’Avignon, les digues sont plus hautes de 1 mètre, par rapport à la Rive Gauche.

La plaine alluviale dans les Bouches-du-Rhône, a une pente naturelle de 1.5 à 2.5 m / km, vers le sud : c’est le Bassin du Vigueirat qui draine le flot des inondations. Sont concernées, les communes d’Arles, Boulbon, Chateaurenard, Barbentane, Rognonas, Graveson, Maillane, Fontvieille, Mas Blanc des Alpilles, Saint-Etienne-du-Grès, Saint-Rémy-de-Provence, Tarascon, Vallabrègues, Saint-Pierre-de-Mézoargues, soit un total de 110 000 habitants.

La ville d’Avignon a besoin d’une rocade sud. Elle devait emprunter les délaissés du T.G.V.
Sans raisons apparentes, un tracé Rive-Gauche a été adopté : il comporte deux ponts en oblique, soutenus par des doubles-piliers, perpendiculaires au tablier, en biais par rapport au courant, parfait piège pour les embâcles... Une bretelle est prévue, parallèle à la voie S.N.C.F., pour relier la R.N. 570, à la L.E.O.
A la jonction des deux ouvrages, la commune de Rognonas, a sa station d’épuration près des berges de la Durance. Le Rond-point, dit de Rognonas, n’a pas l’espace nécessaire pour être réalisé dans le lit majeur, donc on le fait déborder dans le lit mineur : 1000 m 2 pour le rond-point + le passage du Canal des Alpines + la reprise de la digue sur 160 m. Dans ce secteur, un déversoir est prévu.

La Loi sur l’eau interdit de construire dans les lits mineurs et cependant le projet est en route.

Tout cela se situe juste en amont du viaduc S.N.C.F., fait de 20 petites arches horizontales. Nous savons qu’au moins 2 arches ne recevront plus le courant de la Durance, de face, diminuant ainsi les capacités de transit du viaduc.
A 200 m, sera le passage en trémie, vers la commune de Barbentane.
Sa hauteur, nécessaire pour des camions de toute taille, nécessite le creusement du sol, soit 1.80 à 2.00 m en dessous de la cote N G F, créant un siphon, voie royale en cas de débordement de la Durance.

Barbentane est un casier hydraulique fermé sur les 4 cotés - comme Aramon ou le nord d’Arles.

Ce projet menace donc la sécurité des 110 000 habitants des communes précitées. La Moyenne et Basse Durance représente un bassin très peuplé, le Nord des Bouches-du-Rhône s’y ajoute.

Petit Bilan :

Destruction des biotopes de la Durance, de l’Etang de Berre, menaces sur la sécurité des habitants et territoires riverains, nous amènent à jeter un nouveau regard sur notre généreuse rivière.

D’autre part, l’évolution climatique, la sécheresse récurante, vont nous obliger à gérer différemment la ressource.

Les canaux d’irrigation gravitaires maintiennent une population à demeure, qui maintient un tissus social, entretient une végétation luxuriante ; toutes sortes de vies y trouvent refuge.

Ils confortent le niveau des nappes phréatiques.

En effet, le réchauffement du climat risque d’entraîner le rehaussement du niveau de la mer. La pression de l’eau douce sur la nappe empêchera la salinisation des terres côtières. Par exemple, à la sortie d’Arles, les agriculteurs qui veulent puiser de l’eau directement dans le fleuve, doivent maintenir les crépines à mi-hauteur, pour ne pas pomper l’eau salée qui arrive jusqu’en Arles, au fond du fleuve !

La distribution d’eau potable consomme puis restitue une eau retraitée à la nature. Elle peut être réutilisée à d’autres fins.

La production électrique, avec son canal usinier bétonné, aux rives désherbées, stérilise une bande de terre sur toute sa longueur, fait du Kw et bientôt ne fera plus que des dividendes. Cette compagnie utilise l’eau une seule fois, puis la jette.

Deux biotopes majeurs, la Durance et l’Etang de Berre, sont détruits. Les limons s’accumulent dans le lit mineur, accroissant les risques pour les riverains.

La Camargue souffre du déficit des limons.

Où nous mène ette exploitation de l’eau si elle n’évolue pas ?


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