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La Montagnette

La Montagnette, un massif que le monde nous envie

Elle a reçu son nom pour sa faible altitude de 30 à 167 m. Inscrite à l’inventaire des sites pittoresques, un plan intercommunal d’aménagement forestier (PIDAF) est censé entretenir et conserver cet espace grâce au syndicat intercommunal d’étude et de réalisation, à l’ONF, à la Société communale de chasse, aux sapeurs-forestiers...

Elle s’étend sur 678 ha de forêt communale pour la partie barbentanaise, avec des pentes de croupes nord-sud entrecoupées de vallons et de plateaux ravinés, couverts de broussailles, d’arbres ou d’arbustes, de futaies jardinées pour le bois de coupe et la pâte à papier.

Son sous-sol est truffé de galeries naturelles, résultats du travail des eaux, et surtout des mouvements sismiques. En son centre, l’étang reçoit les eaux de ruissellement des pentes environnantes et, malgré la construction d’un fossé et mur antiques déviant les eaux vers Terrefort, il se remplit parfois lors des saisons pluvieuses.

Un sol superficiel posé sur la roche calcaire affleure partout. Un riche tapis végétal tente de le protéger du ravinement et détermine la nature des végétaux : Pin d’Alep envahissant un peu trop un massif de garrigue rase à chênes kermès, ajonc épineux, buis odorant vert foncé, Térébinthe, ciste cotonneux à fleurs rosées, bouillon blanc à feuilles poilues, genévrier oxycèdre à fruits noirsciste, asperge sauvage, garance aux racines rouges, laurier-thym, les herbes de Provence que les pas du promeneur effleurent dans ses chemins et ses collines (thym ou farigoule à fleurs roses, romarin à fleurs blanches, sarriette, serpolet, fenouil, lavandin, salsepareille à feuilles en cœurs qui s’accrochent aux vêtements...) et une jacinthe sauvage tardive.

La Montagnette est une terre naturellement parfumée et chaque promenade est embaumée des puissantes odeurs que ces plantes exhalent.

De nombreux champignons se ramassaient et se ramassent encore : armillaire mielleux, bérigoulo ou pleurote, clitocybe toxique de l’olivier, griset ou tricolome prétentieux, helvelle ou crête de coq, girolle ou chanterelle, hydne sinué ou pied de mouton, morille au bonnet alvéolé, pissacan jaune, tactaire délicieux ou pinin orange, truffe noire.

Dans les sols plus profonds, d’autres espèces peuvent y vivre : chêne vert, pin de Salzmann, érable, frêne...

Elle est toujours cultivée dans les parties planes avec vigne, olivier, abricotier, amandier... ou utilisée pour la pâture.

De nombreux mazets et abris protégent hommes et parfois animaux du froid ou de la chaleur.

La faune sauvage y est de plus en plus rare, chassée au tir individuel, au chien d’arrêt (ou au poste pour les oiseaux de passage), malgré le maintien d’équipements cynégétiques : agrainoirs, points d’eau, cultures à gibier... Le dernier loup, aujourd’hui au musée Arlaten, a été tué en 1847 dans le massif.

La Montagnette, un lieu à risques

En période estivale, l’abandon des terres agricoles, la chaleur, la sécheresse et le vent la rendent très sensibles au risque d’incendie d’où une vigie, des patrouilles de surveillance, l’interdiction d’y circuler pour réduire les risques.

Tout l’été, les résidents sont en alerte permanente car, jour et nuit, l’état de la garrigue ou des pins, le niveau de sécheresse, l’importance du vent sont une menace de chaque instant en cas de départ de feu.

Chacun sait aussi que, quel que soit la prévention, l’importance des moyens mis en œuvre par les services incendie, il est difficile sinon impossible de faire face à une incendie en période de vents violents.

La protection contre ce risque a un coût considérable que la collectivité finance. La question se pose d’accroître les constructions et donc les risques, les coûts ou les réduire. Mais c’est une question génante qui remet en cause tellement de pratiques habituelles qu’il faut beaucoup de courage pour l’avancer...

La Montagnette, un lieu résidentiel convoité

Pourtant, ce qui menace le plus la montagnette, ce sont les constructions qui régulièrement y sont autorisées. En plus, elle a déjà subi quatre agressions majeures irrémédiables ces dernières années. Outre le simple mazet qui devient maison, des zones à protéger ont été transformées en lotissements autorisés par la :
- Municipalité Sarrasin à Pendieu,
- Municipalité Frin au hameau de Bretoule.

Ou des bâtiments communaux ont été construits au quartier la Côte :
- Municipalité Sarrasin pour la Maison de retraite,
- Municipalité Montlahuc pour la Crèche.

La colline est ainsi transformée en résidence pour des gens que « la bonne fortune » vient fixer en ce lieu paradisiaque, avec chemins qui se privatisent, interdiction aux autres personnes d’y promener, circulation automobile intense - préjudiciable et destructrice - alors que l’action des gestionnaires est censée la réduire !

Barbentane, comme Villeneuve-les-Avignon, subit la loi du mercantilisme en vigueur qui n’hésite pas à défigurer un lieu remarquable pour le profit de quelques privilégiés ou sous des prétextes sociaux.

Parce que certains n’y voient qu’une zone à urbaniser, le village perd son identité, son espace naturel, ses protections, son accessibilité au public, un territoire symbolique et son âme.

La Montagnette, un espace magique offert à tous

Car comment oublier qu’elle a toujours fait partie de l’existence de la population :
- Chasse,
- Cueillette de champignons, d’herbes, de fruits et légumes,
- Carrière de pierres, de sables, de cailloux et rochers,
- Ramassage de bois de chauffe, de décorations de fêtes (mousses, houx...),
- Recherche de calme, détente, promenade, balade des animaux de compagnie,
- Sport en tout genre parfois irrespectueux du massif et des êtres qui y vivent... dont la conservation et la fragilité supposent protection et respect au moins en limitant l’accès des véhicules motorisés.

En fait, chacun sait au fond de lui-même que cette vaste zone de nature authentique est un site magnifique dont on ne peut imaginer la disparition, aussi indispensable et nécessaire à une communauté que le pain et l’eau.

Dans cet écrin de verdure, qui n’a pas eu :
- un moment agréable,
- une joie contenue à l’instant de ressentir le plaisir simple d’y être accueilli,
- d’y humer les senteurs,
- d’admirer le tableau original dessiné alentour par la vie,
- de découvrir une nouvelle couleur ou forme au détour d’un sentier charmeur,
- de contempler du haut des crêtes la plaine inaccessible et un paysage superbe dont l’éclairage varie au cours des saisons,
- de percevoir le chant des oiseaux, le tintement des cloches ou le ronronnement des travaux,
- de s’enivrer d’air pur et de soleil ou s’en protéger l’été sous la pinède majestueuse dans laquelle règne en maître le cri strident des cigales,
- de retrouver avec émotion le lieu de vie de nos ancêtres ligures - vestiges témoins muets d’une époque disparue - et laisser aller ses pensées sur les légendes qui accompagnent leur existence,
- de suivre les arabesques aériennes des oiseaux ou la fuite éperdue d’un insecte ou animal,
- d’admirer un lever de soleil à l’aurore au levant ou suivre sa disparition au couchant,
- de goûter simplement la beauté magique d’un espace encore accessible...

Au cours de son existence, chaque barbentanais a eu l’occasion de vivre un instant de profonde communion avec la Montagnette. Un gros chagrin, une vive déception, une tristesse pénible..., ou une grande joie, un immense plaisir..., c’est en Montagnette que l’on va s’épancher, s’abandonner, se confier, se retrouver..., comme si elle était toujours à notre écoute et dispensait à profusion la sérénité recherchée.

Ce lieu des petits moments de bonheur n’a pas de prix et constitue un monde merveilleux dont chacun dispose à volonté et gracieusement près de chez soi.

Les responsables qui dénaturent la Montagnette, détruisent un bien symbolique commun.

Ceux qui ont touché, touchent ou toucheront à ce patrimoine collectif, tout en jurant leur amour pour ce trésor, sont ignorants de leur racine, indignes de leur origine et de leurs fonctions, irrespectueux de la vie et d’hypocrites inconséquents.


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