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Pomme d’amour

La tomate est une pomme d’amour libre !

C’est une banale histoire de jeunesse dans un jardin abandonné.

Contrairement aux idées reçues, l’évolution technique agricole récente a entraîné un manque de temps pour l’exploitant agricole, libre des tâches occupées autrefois aux soins des animaux et jardins, mais employé aujourd’hui à accroître et améliorer les productions afin de rentabiliser les nouveaux matériels.
Du coup, les jardins familiaux ont perdu de leurs attraits et ont été abandonnés aux « mauvaises » herbes.
C’est aussi l’époque de l’invention du D.D.T., une des plus immondes saloperies que l’industrie chimique ait inventée en 1939 grâce à Muller. Ce pesticide organochloré, dont l’odeur est insupportable à plusieurs mètres, provoquait même des vomissements en rafale. Il a été imaginé pour son efficacité redoutable contre les insectes, les moustiques et donc la malaria. Par malheur, des quantités d’oiseaux, dont les faucons pèlerins et pélicans bruns n’ont pas résisté à son contact et ont presque été décimés. Il a été interdit seulement en 1970 devant les conséquences destructrices de son utilisation pour les animaux et même les humains, alors qu’il avait obtenu le Prix Nobel depuis 1944 ! Trente ans de pollution et de séquelles...

Ce produit m’était devenu insupportable et je n’ai jamais compris qu’on utilise un produit aussi infect pour des fruits et légumes qu’on allait manger ou vendre... Ce n’était pourtant que le début de l’aventure chimique en agriculture, car le D.D.T. va être suivi du pesticide lindane, à son tour interdit en 1998, puis des herbicides atrazine et arsénite de soute, interdits en 2001, sans parler de l’amiante, de la dioxine, du nucléaire, des O.G.M., lâchés dans l’environnement par les apprentis-sorciers...
Des paysans ont été ainsi transformés en combattants sans masque, maniant des armes qui se retournent aujourd’hui contre leur santé et font de leurs productions la source de pollutions graves.

Sans doute en réaction, un été, une bien curieuse idée me vient en regardant ce jardin où nous nous amusions si souvent : Planter des tomates sans traitement ! Un vrai défi en ces temps où la chimie naissante promet un avenir radieux, et surtout incontournable, permettant de faire face à une guerre contre les insectes, mise en scène par les marchands de mort...

Des tomates, les parents en faisaient des tonnes en plein champ et ce n’est pas une grande originalité de vouloir en planter au jardin. L’idée exprimée reçoit aussitôt un grand nombre de qualificatifs assez négatifs, des noms d’oiseaux et même quelques commentaires sur ma santé mentale. Rien qui ne puisse décourager une stupide volonté de jeunesse, et la famille cède donc en ironisant sur la concurrence en action.

Je choisis un seul plant de pomme d’amour, ou de tomate, dans les vases de semis, parmi ceux qui sont destinés au plein champ. Muni de ma précieuse compagne, je décide de la planter au beau milieu du jardin, là où on jette de temps en temps les épluchures ou les cendres de la cheminée. Pour couronner le tout, cet endroit est envahi d’herbes dites mauvaises, d’insectes et vers en tout genre. De la provocation, quoi !

Le repas du soir qui suit la plantation est évidemment émaillé d’ironies, de moqueries et même de commandes en cas de surproduction.
On a beau dire que l’adolescent est « testard », il faut le voir pour le croire.

Rien de ce qui est nécessaire à une production dite normale ne sera mis en oeuvre, à part un piquet tuteur pour soutenir la plante dans sa montée : Aucun soin ni traitement, surtout pas de NPK, arrosage par le ciel, mauvaises herbes laissées au pied... Bref, une paix royale laissée à un plant, totalement abandonné à son sort, par un jeune qui a bien d’autres choses à faire, et sans doute un peu persuadé que les autres ont raison : C’est un pari ridicule !

Pourtant, quelques semaines après, une remarque complice de la mère relance l’intérêt pour cette production anachronique : « Je crois qu’elles sont mûres » dit-elle !
Aussitôt accouru sur place, je tombe en admiration devant mes pommes d’amour.
La plante fait plus d’un mètre de haut, elle a ramifié en tous sens et sur toutes ses branches, d’énormes et belles tomates les font ployer sous leurs poids.
Cris de joie, appel aux copains et à la famille pour venir voir le résultat, et demander de l’aide pour ramasser tous ces fruits, dégustés avec plaisir et commentaires les jours suivants.
Les moqueries et les ironies cessent devant l’évidente réussite, même si un léger soupçon de tricherie plane pendant quelques temps pour expliquer une récolte aussi inattendue. Cela n’entame pas une fierté personnelle très forte et un étonnement qui dure encore, devant la surprise d’un coup aussi époustouflant.
Car, je n’avais vraiment rien fait du tout à ce plant de tomate, pour l’aider à pousser, d’où mon grand étonnement !
Au point même d’imaginer que d’autres, en douce, avaient travaillé et soigné les tomates à ma place !
Sinon, comment cela était-il possible, me suis-je demandé longtemps, convaincu alors par l’ingénieux discours industriel qui assurait et assure encore que sans chimie, engrais, labour et patati et patata ?
C’est beaucoup plus tard que la réponse est venue à une question somme toute banale : Un plant de tomate laissé libre de pousser sur un sol enherbé, sans aucun soin ni arrosage, peut-il produire les plus belles tomates de l’année ?
La réponse est oui, si on laisse le sol faire son travail, les champignons décomposer les végétaux, les micro-organismes non détruits par des produits chimiques ou le NPK transformer le tout en éléments nutritifs, l’humus gérer l’air, l’eau et la pluie, les insectes et les vers... Les laisser vivre quoi !

Bref, mes tomates étaient devenus vraiment des pommes d’amour, celles qui poussent naturellement, dans un sol respecté en le laissant libre de vivre, où la chimie ne vient pas y détruire les êtres et l’harmonie, au point que garder la semence pour la prochaine récolte, pratique ancestrale, a été le réflexe habituel naturel du vrai paysan qui sent dans ces graines un potentiel prometteur.

Ou plutôt était le réflexe, car aujourd’hui, l’hybride stérile ne suffisant plus à empêcher le paysan d’obtenir des semences que la nature diffuse depuis des millénaires à profusion, la loi tend à considérer comme un danger commercial l’utilisation de semences non répertoriées au catalogue officiel. Pire, grâce à la loi d’orientation agricole du 5 janvier 2006, la bêtise parlementaire et commerciale a atteint un tel niveau qu’il pourrait être interdit désormais de préparer, échanger, faire référence et transmettre des savoirs et traditions populaires séculaires !
Dire que l’eau de cuisson d’un légume est un bon désherbant, que telle herbe éloigne les chenilles du chou, indiquer la recette du purin d’ortie..., sont des conseils d’amis considérés comme favorisant l’usage de produits phytopharmaceutiques non-homologués, ne bénéficiant pas d’une autorisation de mise sur le marché, ou d’une autorisation de distribution pour expérimentation.

Ils sont devenus fous et seule l’approche d’élections nationales, freine le rouleau-compresseur semencier et chimique ! Aujourd’hui, seul 1 % des variétés anciennes de tomates n’est pas encore hybride sur les 400 inscrites au catalogue national des semences. Et chaque jour qui passe voit disparaître des variétés de légumes adaptées à nos contrées, succulentes, reproductibles et surtout libres de droits, parce que des marchands ont décidé de tirer profit de la nature en la castrant, en jouant avec la génétique et leurs pipettes de laboratoires, pour supprimer la possibilité aux jardiniers du dimanche et agriculteurs d’une autonomie semencière.

Et ce n’est pas l’Europe, ni l’éthique ou la morale qui dictent ces âneries, ce sont quelques députés « libéraux », porte-plume des semenciers et industriels de la chimie qui, voulant éradiquer toute concurrence dont ils ne profitent pas, manipulent textes et administrations ! Et ils ne s’étonneront même pas de leur total discrédit !

Pas davantage les plus hauts responsables politiques actuels qui déclarent leur solidarité agricole à tout propos, alors que ces champions de la liberté et de la libre entreprise les condamnent, dans le même temps, à la soumission, à une concurrence stérile et à la guerre industrielle sciemment organisée contre la nature, malgré une pollution déjà généralisée.

Pollution qui a déclenché et va accélérer « une pandémie silencieuse dans nos sociétés dites modernes », pour la gloire économique et industrielle de la chimie française et de quelques serviles et irresponsables députés, ministres... Même le rapport 2007 de la Répression des fraudes indique que 6,7 % des échantillons de fruits, légumes et céréales analysés dépassent la limite maximale des résidus et donc méritent la poubelle, au lieu de 3,8 % en 2006. Qui sera responsable des effets, sur les consommateurs non-informés, de ces cocktails de pesticides ?
Il est vrai que lorsqu’on est capable d’arrêter un nuage radioactif à la frontière, de laisser mourir des milliers de personnes pendant une canicule, d’ignorer des sans-abri et des sans logements chaque hiver, quelques malheurs de plus ou de moins peuvent être attribués sans honte à pas de chance !

Les mêmes demandent sans vergogne aux petites gens de faire un petit geste pour la petite planète, parce qu’ils découvrent effarés, que pollution généralisée, aveuglement climatique, gaspillage d’énergie, ignorance et abandon des pauvres par l’État..., vont avoir aussi des conséquences pour leur grand confort.
Voilà des années qu’ils se moquent ouvertement des écolos, de la nature, et se repeignent aujourd’hui en vert sans aucun scrupule, pris de vertige devant les résultats annoncés de leur cupidité et stupidité.
D’où une campagne médiatique tactique pour tenter de retarder les échéances en demandant à la grande multitude de réduire leur petite consommation et d’en supporter comme d’habitude le plus lourd fardeau.
Après le Téléthon, nous verrons peut-être le Polluthon, le Climathon, l’Énergiethon, le Pauvrethon et bien entendu, le Tomathon !

Pauvres jardiniers, pauvres paysans, pauvres pauvres, pauvres pommes d’amour.


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