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3 - Le macadam-décharge

Prendre la route avec des pincettes !

Une belle route n’est pas forcément une bonne route !
C’est une histoire abracadabrantesque où chacun peut-être concerné sitôt sorti de chez soi.
Vous aimez marcher sur nos routes et autoroutes, préférez les chemins de traverse !
Vous appréciez de rouler sur un macadam en bon état, sortez-en dès que vous pouvez !
Une place bitumée vous semble adaptée pour faire la fête, cherchez plutôt un coin verdoyant arboré ou même sec !
La cour asphaltée vous paraît agréable pour laisser s’amuser les enfants, vous pouvez regretter un terrain en friche ou un médiocre jardin !
La pratique sportive s’exerce sur un emplacement goudronné, choisissez de préférence une terre battue ou un gazon !
Vous pensez que la pluie lave la place, la route, la cour, le macadam, vous avez raison, mais la suite n’est peut-être pas celle que vous espérez…
Pour comprendre, il nous faut faire un petit détour par nos poubelles et nos déchets.

Incinérer n’élimine pas mais transforme
L’incinérateur de Châteaurenard, fermé en 1998 pour cause de pollutions, a longtemps permis de se débarrasser de nos ordures ménagères, dont les 1 030 tonnes annuelles (chiffres 2006 représentant environ la moitié de tous nos déchets barbentanais) sont aujourd’hui portées pour incinération à Entraigues/Védène.
Or, la combustion dans un incinérateur transforme les déchets mais hélas ne les élimine pas.
Au contraire, elle produit des :
- Mélanges nouveaux comme les dioxines : résidus chlorés (PVC) liés à la matière organique (végétale et animale) dont on a répertorié 210 catégories, étudié 17 d’entre-elles considérées comme très toxiques… S’échappant par l’air des vapeurs ou par les eaux de lavage, elles contaminent l’environnement. Depuis 2005, le Rhône est pollué avec les dioxines depuis Lyon jusqu’à la mer (voir la rubrique Nature > chapitre « Eaux » >Bancule frappe encore).
- Mâchefers. Chaque tonne de déchets produit 250 à 300 kg de mâchefers contenant ces dioxines mais aussi des métaux lourds : plomb, chrome, cuivre, manganèse, nickel, arsenic, cadmium, mercure… Ils vont continuer leur existence néfaste et finir tôt ou tard dans les eaux, l’air, les végétaux, les animaux et les corps humains. Les seules poubelles barbentanaises incinérées produisent 300 tonnes de mâchefers par an !

La dioxine n’est pas un produit nouveau, mais on mesure aujourd’hui avec horreur ses effets redoutables un peu mieux connus :
* Perturbation du fonctionnement de la thyroïde, des glandes surrénales et sexuelles chez les enfants d’adultes contaminés (perturbations hormonales avec endométriose chez les femmes, féminisation des foetus, diminution de la qualité et de la quantité - 30% des spermatozoïdes dans les pays industriels sur les trente dernières années).
* Diminution de l’efficacité du système immunitaire, d’où mauvaise défense contre les infections et contre les cellules cancéreuses.
* Augmentation des cancers des tissus mous : Cerveau, foie, ou des organes digestifs..., avec apparition plusieurs années après l’intoxication. En vingt ans, de 1980 à 2000, le nombre de cancers est passé de 160 000 à 278 000, soit une progression de 63 %.
Comment a-t-on pu laisser produire et disperser de tels polluants ?
Bien sûr, on ne savait pas !

Fermé pour cause de pollutions…
Dix ans après la fermeture de l’incinérateur intercommunal, la ville de Châteaurenard a eu en cadeau une montagne de déchets de mâchefers souillant tout un quartier et s’écoulant « naturellement » dans la Durance. Pressée par les autorités administratives de supprimer cette pollution, elle a hélas tenté d’en minimiser les conséquences et laissé durer la situation. Jusqu’à ce que l’intercommunalité finance enfin chaque année une partie (seulement, car cela coûte très cher) d’enlèvement du stock mis petit à petit en décharge de classe II.
Une décharge de ce type permet d’isoler ces déchets en attendant une hypothétique solution de destruction, qui peut ne jamais être trouvée et le dépôt durer, être gardé durant des centaines d’années !
Depuis 2003, pour se débarrasser de ces polluants, des entreprises de travaux routiers ont été autorisées à les utiliser pour réaliser places et routes.
Ainsi, sans informations ni précautions, le macadam cache aujourd’hui près de deux milliards de tonnes de mâchefers provenant d’incinérateurs d’ordures ménagères…

Décharge sous route
Barbentane compte des kilomètres de routes, pistes, places et chemins revêtus d’asphalte.
L’asphalte contient habituellement un mélange de granulats (roche, sable, gravier…) et de bitume obtenu du pétrole brut.
Jusqu’à une période récente, cette asphalte aux granulats naturels posait déjà problème pour la dégradation des lieux d’extraction en carrières ou gravières, mais surtout avec son bitume pas très sain pour l’environnement du fait de son contenu pétrochimique dispersé régulièrement par les eaux de pluie.
Or, ce mâchefer ajouté sous le bitume, représente une source insidieuse supplémentaire de pollution encore plus grave et à retardement, tant pour les eaux de ruissellement, de surface que souterraines.
Une belle route, une piste cyclable ou une magnifique place bitumée peuvent donc cacher aujourd’hui une menace non seulement pour ce qui y marche, s’y installe ou y roule, mais aussi pour ce qui coule dessus, dessous et à côté. Avec des doses variables et dépendantes de la nature du produit, du sol et du sous-sol.
Les eaux de ruissellement qui lêchent ce macadam, charrient dans les fossés, les sols, les nappes, les fleuves, les mers, des dioxines et autres joyeusetés dont les humains, après les poissons, les animaux et les végétaux, sont et seront en retour les ignorants bénéficiaires.
Nos déchets retournent ainsi à la source et nous reviennent à la figure…
Même à pied ou en vélo, on peut humer sans le savoir de la dioxine pétrochimique.
Même si la circulation est interrompue, la pollution sournoise continue. Et, par-dessus le marché, la circulation va encore s’intenfier et se rapprocher avec la LEO.
Depuis peu, des communes et producteurs de granulats inquiets des effets du contenu de ces goudronnages, ont mis en place des produits plus naturels. Mais le mal est fait autour de nous et pour plusieurs années encore.

Maman, les petits bateaux ont-ils des ailes ?
Il y bien sûr la solution offerte aux privilégiés par l’usage d’engins modernes qu’autorise les parachutes dorés, stock-options et boucliers fiscaux.

Ainsi, du haut de son yatch, ce monsieur ne fréquente plus les routes mais les mers et fleuves et rejoint sa résidence en hélico, contemplant avec ironie les bouchons routiers auxquels il ne participe plus, tout en aggravant lourdement la pollution dans les airs et les eaux.
Mais ce monsieur est pourtant très, très, très inquiet et perd peu à peu son ironie…
D’abord à cause du prix des carburants qui grèvent son budget transports.
Puis du nombre croissant des 750 000 bateaux en tous genres qui font le succès de l’industrie nautique et des ports des villes maritimes, mais qui dénaturent les côtes de France pour les faire stationner pendant les 359 jours de l’année où ils ne sont pas utilisés, polluant comme lui les eaux avec leurs carburants et peintures chimiques.
Et surtout de cette horrible pollution générale au CO2 qu’il croyait réserver aux banlieux ou pour les autres, cause inattendue du réchauffement climatique en cours qui l’oblige à installer la clim partout. Cause aussi de tsunamis dangereux sur la grande bleue pouvant perturber sa douce navigation sans aucune solution, sauf de ne plus naviguer. Cause de disparition sous les eaux d’îles paradisiaques, où il séjourne souvent, et qui vont devenir inaccessibles. Cause de tempêtes qui contrarient ses loisirs, et peuvent provoquer des risques inattendus pour sa propre personne ou sa famille.
En plus, il apprend que le Rhône est lui aussi pollué par les dioxines condamnant son yacht à n’y plus séjourner.
Eh oui, même les riches sont à plaindre et poussent les autres à trouver des solutions pour ne rien changer à leur train de vie… Au moins pour l’inquiétude, les macadamistes ne sont donc plus seuls.

Que le plus écolo tire donc le premier !
Protéger notre environnement est devenu récemment un beau slogan sonnant comme un étendard flamboyant en haut de certains programmes démagogiques ayant trente ans de retard, ou dans les discours décoratifs des pollueurs et gouvernement complice, alors que même la bonne route ne permet plus de s’échapper de l’adversité.
Mais en cas de malheurs, les cellules psychologiques seront mises en place. Ce cache-misère d’une société qui marche sur la tête et sur la Lune est le dernier avatar d’un état plus compatissant avec les pollueurs qu’avec les « pas chanceux ».

Pour pouvoir marcher ou rouler sans conséquences néfastes sur la santé, il ne suffit pas d’utiliser un moyen de transport respectueux de l’environnement, même si cela est indispensable, il faut retrouver des consommations simples limitant les déchets, mais surtout exiger des responsables un macadam municipal propre ! Il en va de la santé de tous.

Vous avez échappé au rhume et au déglinguement d’une ou deux glandes personnelles ? La chance est avec vous. Pourtant, attention aux risques d’examens préventifs de dépistage ! Une bonne santé est en effet une anomalie pour la norme médicale… Continuez en surveillant tranquillement l’insu de votre plein gré, car ce qui vient pourrait vous contrarier…


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