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7 - Traditions, trahisons

C’est une blague, pour rire, quoique…

La tradition n’est pas une trahison, sauf évidemment quand elle subit quelques évolutions qui la dénaturent, ou que de nouvelles pratiques la renvoient au magasin des nostalgies.
Alors elle perdure, mais dévitalisée tel un bonbon sans sucre, un vin sans alcool, un pin bagnat sans pain, un miel sans abeilles, une reproduction sans amour…, comme vidée de sa substance.
Et là, ce n’est plus une blague.
Sa source est toujours visible, mais son expression en est tant éloignée qu’elle n’est plus que folklore, décor, artifice où l’essentiel se perd.
Le décor, c’est la beauté des choses, des lieux, des actes, des paroles, ingrédients qui se prêtent à toutes les manipulations.
L’essentiel, c’est l’idée que les auteurs se faisaient de leurs terres ou du monde, de leurs voisins ou du voyageur, de leurs travaux, de leurs biens et de leur partage.

Exemple : Au cours de l’épisode final d’une pastorale (pièce de théâtre traditionnelle en Provençal), le « boumian » (bohémien mal-aimé) devient un citoyen comme un autre, accueilli par le « Petit Jésus » avec amour. Où est le décor et où est l’essentiel ?
Que faisons-nous de ce message et de cette tradition dans la vie courante, entre deux caméras de surveillance ?

C’est ainsi que petit à petit, nous répétons : « traditions, traditions, traditions », aussitôt trahies par oubli de l’essentiel. Car, pendant que nous rabâchons, d’autres s’emploient à manipuler les ingrédients, les idées, les pratiques, et placer leurs marchandises au milieu de décors dépouillés de sens à qui l’on peut alors prêter des valeurs d’autant plus traditionnelles. Des clans politiques ou marchands en récupèrent même les structures et les expressions, trahissant les origines pour mieux user et abuser de la crédulité de gens braves et sincères dans des conflits sectaires ou des démarches commerciales.

Ce qui suit n’est qu’une modeste série de questions illustrant les évolutions de grandes traditions, généralement décidées sous des prétextes pertinents, souvent techniques et sécuritaires, ou parfois aux motifs de modernité et de progrès, annoncés comme d’évidentes avancées sociétales, et donc acceptées sans y prêter attention.
Elles deviennent ensuite normales, voire coutumières, puis traditionnelles malgré leurs impostures.

Ainsi, deux types de traditions d’origine différente coexistent souvent : La tradition « Farandole » et la tradition « Parade » :
- La tradition « Farandole » exprime une chaîne humaine joyeuse et solidaire, déroulant ses figures harmonieuses devant mais aussi parmi les spectateurs à qui elle communique sa gaieté et ses vibrations sonores, les invitant à la rejoindre pour stimuler et amplifier la vie dans une ronde collective spontanée et toujours renouvelée.
L’allégresse communicative, la beauté des gestes, le charme musical et l’élégance des participants illustrent l’âme d’un peuple généreux, respectueux des autres et du lieu où il vit. Forgée dans l’ancien orient, traversant les cités grecques, et se perpétuant par les Étrusques puis les Ligures jusqu’à nous, elle tente toujours de résister à l’oppression « Parade ».
- La tradition « Parade » exprime une cohorte de fantassins marchant d’un pas lourd, bruyant et cadencé communiquant la peur ou l’enthousiasme du spectateur dont le seul rôle est le silence ou l’ovation. La « Pax romana » et la culture latine imposaient sur leur passage l’ordre, la soumission et leur civilisation. Le décor coloré de leurs tenues militaires et le plumet de leurs casques cachaient mal des attitudes de pilleurs de sépultures, puis de biens des peuples soumis, coutume largement répandue par tous les vainqueurs.
Pratique à l’opposé de la précédente et qui, comme l’autre, continue aujourd’hui encore d’influencer la société et toutes les traditions.

Que reste-t-il de l’entente communautaire dans les traditions d’aujourd’hui quand, derrière le décor du chacun pour soi, elles expriment l’hégémonie d’un clan en ordre de bataille permanente et qui, ayant trahi leurs origines, ne méritent plus aucun respect et incommodent la vie même ?

Illustrations :

L’animal est toujours le meilleur ami de l’homme, quoique…

Qui a décidé que la vie de l’animal de laboratoire est sacrifiée ?

Qui a décidé de l’insémination artificielle des animaux femelles, sans acte d’amour ?

Qui a décidé d’alimenter les animaux herbivores avec des produits carnés ?

Qui a provoqué la souffrance de la vache devenue folle à cause de la course au veau d’or ?

Qui a décidé que l’aliment granulé remplace l’herbe des ruminants ?

Qui a décidé que l’alimentation industrielle est la seule nourriture des animaux domestiques, alors que l’homme en est malade ?

Qui a décidé de séparer le veau de sa mère dès la naissance ?

Qui a décidé de scier les cornes des vaches ?

Qui a oublié de dire que le lait d’animal n’est assimilable par le corps humain et animal que durant les premiers mois de leur croissance ?

Qui laisse faire et provoque l’Alzheimer généralisé des :
- Abeilles et autres insectes…, victimes des insecticides et des ondes néfastes,
- Baleines et dauphins…, échouant sur les plages pour nous alerter, victimes des pollutions et des radars militaires,
- Poissons, grenouilles et planctons de fleuves ou de rivières…, et des flamants roses ou autres oiseaux et animaux qui les consomment, victimes des dioxines, métaux lourds, solvants et polluants ingérés par les premiers,
- Animaux chassés des forêts primaires saccagées…, victimes des prédateurs industriels,
- Humains victimes des mêmes causes à qui l’on promet de chercher des médicaments en leur tenant la main,
Tout en inventant des peines planchers pour…, les voleurs de bananes ?

Qui a décidé d’enfermer une bête toute sa vie loin de la nature alors qu’elle n’est pas jugée ni condamnée ?

Qui a déjà entendu la terreur de l’animal qui va mourir, pour nous nourrir de sa viande et de sa peur ?

Qui a décidé de perturber la vie animale au prix d’un effondrement de son système immunitaire, de sa capacité de défense contre les infections et les bestioles ?

Qui a décidé de faire porter journellement des produits chimiques aux animaux domestiques, sous prétexte de défense contre les bestioles ?

Qui a décidé de déclarer la guerre aux bestioles prétendues nuisibles et à détruire ?

Que reste-t-il de la tradition d’amitié des animaux derrière le décor ?

Et si ce que subit l’animal n’était que le prélude ou la réalité de ce qui attend l’homme ?

&

Le respect de la terre est vieux comme le monde, quoique…

Qui ignore que l’humanité a vécu de son agriculture sans engrais, sans chimie, sans tracteur durant des millénaires ?

Qui a eu la prétention d’affirmer que le labour est indispensable à la terre, alors qu’il est le début de sa destruction ?

Qui sait que l’agriculture biologique réduit de 25 % l’effet de serre par la capacité redonnée au sol de mieux retenir le CO2 ?

Qui inonde les sols de produits chimiques puis, constatant un dérèglement inexplicable, invente de nouveaux produits pour réguler le manque ?

Qui vient d’inventer le terme « Agriculture intelligente », après celle de « raisonnée », pour justifier la nouvelle supercherie de l’agrobusiness ?

Qui a réduit l’humus des sols en un siècle puis s’étonne de leur désertification, de leur sécheresse, de leurs incendies ?

Que reste-t-il de la tradition de respect de la terre derrière le décor ?

Et si la terre avait toujours nourri les hommes en l’absence d’industrie agro-alimentaire, peut-être même grâce à cette absence ?

&

La nature a toujours été offerte à chacun, quoique…

Qui a dérobé et dérobe encore aux paysans les plants et semences libres de droits, reproductibles et adaptées aux terroirs, pour les leur revendre sous forme d’hybrides non-reproductibles ?

Qui est étonné que les semenciers tiennent à protéger leur marché, s’il ignore qu’un kg d’or vaut 15 000 €, alors qu’un kg de graines de tomates en vaut quatre fois plus ?

Qui a oublié de dire que les variétés anciennes de blés sont capables de recycler l’azote de leurs feuilles servant de garde-manger en réserve, pour fournir un manque éventuel à leurs épis, sans avoir besoin d’engrais ?

Qui sait qu’il faut 900 litres d’eau pour produire un kg de maïs ?

Qui a décidé de détruire les mauvaises herbes, mauvais insectes, microbes, bactéries, virus…, et donc les sols, eaux, airs, où ils vivent puis, comme par hasard, les oiseaux, animaux et humains qui en dépendent ?

Qui a eu l’idée saugrenue de tailler et donc handicaper un arbre dès le début de sa croissance, puis de lui trouver mauvaise mine nécessitant un nouvel élagage annuel et des soins réguliers à vie ?

Qui a déclaré un jour qu’il existait des mauvaises herbes, des insectes nuisibles et de bonnes industries ?

Qui a voulu que chaque mois une race d’animaux de ferme disparaisse alors que, même moins productive, elle comporte des traits uniques, comme la résistance aux maladies ou la tolérance aux conditions climatiques extrêmes du lieu où elle s’est parfaitement adaptée, à moins que justement, comme pour les variétés de légumes ou d’arbres, leur disparition soit un pur hasard ?

Qui élimine les forêts sous des prétextes économiques et provoque des catastrophes écologiques ?

Qui abuse de la richesse naturelle sans autre considération que le profit ?

Qui laisse polluer des régions entières au nom du développement économique ?

Que reste-t-il de la tradition de respecter la nature derrière le décor, quand la main verte n’est plus là ?

Et une nature polluée, à qui cela profite, quand on constate que l’agressivité et la violence, contre les autres ou contre soi, ainsi que la fuite dans l’artificiel, dans le matériel et dans l’irrationnel (spirituel ou médiatique), évoluent proportionnellement au niveau de pollution ?

&

Liberté, égalité, fraternité sont les valeurs de la France, quoique…

Il y a les valeurs traditionnelles d’avant, période où certains ont décidé de poursuivre, spolier et détruire les :

- Sorciers et sorcières, malfaisants, masques et facharrières au nom de Dieu, du Roi et de la peur ?

- Infidèles au nom de Dieu, du Roi et de la peur ?

- Cathares au nom de Dieu, du Roi et de la peur ?

- Vaudois au nom de Dieu, du Roi et de la peur ?

- Juifs au nom de Dieu, du Roi et de la peur ?

- Protestants au nom de Dieu, du Roi et de la peur ?

- Populations africaines par l’esclavage au nom de Dieu, du Roi et de La race ?

Il y a les traditions d’après, période où certains ont décidé de poursuivre, spolier et détruire les :

- Royalistes au nom de la République et de la peur ?

- Révolutionnaires au nom de l’Empereur et de la peur ?

- Contre-révolutionnaires au nom de la nouvelle République et de la peur ?

- Juifs, fous, infirmes, gitans…, au nom d’Adolf, de Sa race et de la peur ?

- Terroristes d’Afrique du Nord au nom de Dieu, du Roi, de la République et de la peur ?

- Terroristes vietnamiens au nom de la République et de la peur ?

Il y a les traditions d’aujourd’hui, période où certains ont décidé de pourchasser le terroriste en tous genres au nom d’on ne sait plus quoi, sinon de la peur et, dans la foulée, de créer les conditions de sa reproduction naturelle, puis d’appeler de ce nom diabolique, tout contestataire de l’ordre établi dont il faut évidemment se protéger ?

Qui profite du marché de la peur et de la violence ?

Qui perpétue la tradition du plus fort et du plus menteur ?

Qui considère le moins que rien pour pas grand-chose et, jugé sans valeur marchande, le laisse en l’état au nom de grands principes ?

Qui mesure la liberté, l’égalité et la fraternité à l’aune de sa petitesse ?

Que reste-t-il de la tradition d’hospitalité et de solidarité quand le décor est tombé et la peur toujours présente ?

La technique légendaire du bouc émissaire et celle de la peur profitent à qui ?

&

La vie a besoin de vous et vice-versa, quoique…

Qui a organisé un système économique où l’argent produit de l’argent sans le travail des gens, en se moquant bien des hommes et des territoires ?

Qui tient à démontrer en permanence que la vie est impossible sans publicité ?

Qui décide que 1 % des évènements mondiaux constitués d’accidents, agressions, catastrophes, disparitions, guerres, meurtres, vols…, occupe 99 % de l’information ?

Qui laisse développer des appareillages complexes pour réparer des maladies graves plutôt que d’en supprimer les causes ?

Qui donne priorité au don d’organe plutôt que d’éviter que les organes de tous soient malades ?

Qui veut faire croire que l’agitation forcenée du lièvre n’est pas qu’un leurre pour tromper la tortue ?

Qui veut supprimer la délinquance, rendre la sécurité au peuple, abolir le chômage, interdire le suicide, stopper les migrations et même prohiber la mort sur les routes, alors que Dieu lui-même laisse faire ?

Qui force la dose en compassion médiatique circonstancielle, étalant lourdement une présence qui s’absente aussitôt pour courir après d’autres évènement et caméra ?

Qui autorise le bouclier fiscal pour les uns et le taser pour les autres ?

Qui décide que dès l’école, l’information sur les soins dentaires, les lectures, les sports, la santé, l’alimentation…, est dispensée par les marchands fournisseurs de produits et matériels au nom d’une éthique…, commerciale ?

Qui laisse détruire systématiquement les activités de l’artisan, du paysan, du commerçant, de l’ouvrier…, avec la perte des savoirs, des expériences, des techniques, des compétences, de l’histoire, des organisations et des hommes, remplacés par le gadget plastique à bas prix vendus dans des structures commerciales géantes où les notions de partage, solidarité, échange, proximité n’ont plus cours ?

Qui distribue des centaines de milliards d’€uros du budget européen en quelques jours, pour boucher un trou boursier creusé par des tricheurs en liberté, qu’on laisse jouer depuis des années sans rien dire à l’économie-casino ?

Qui préfère boucher les gros trous boursiers plutôt que les petits déficits sociaux ?

Qui propose que le travail devienne un marché libre, où la déréglementation est le remède à la mondialisation, où la flexibilité est la solution à la concurrence, où la mobilité doit courir après l’activité, où le contrat moral n’est plus qu’un torchon de papier décoratif ornant le dossier des stock-options et parachutes dorés ?

Qui n’aime pas que le taux de marge brute opérationnelle, générant un cash flow organique, ne soit pas entièrement consacré au versement de dividende ?

Qui jette une grosse dizaine de milliards aux plus riches, et imagine une TVA dite sociale pour la faire payer à tous, sous un prétexte inventé pour la circonstance ?

Qui prétend aider la vie en développant les nouvelles technologies dans un contexte de contrôle sécuritaire où tout homme est suspect, alors que la vie n’est que liberté, spontanéité, hasard… ?

Qui déclare la guerre à l’aube, chasse le Rom aux aurores en invectivant le grognard résistant qui veut bien marcher au tambour sans perdre son âme, harangue ses sbires le matin, dirige la bataille à midi, sonne la charge au moment de la sieste, accuse les autres pendant les vêpres, piétine les libertés - les égalités - les fraternités à chaque instant, raconte ce qui l’arrange à l’office télé du soir, claironne la lettre de Guy Môquet au crépuscule, aligne les pandores en première ligne la nuit, et recommence le lendemain en changeant de thème, de lieu, d’avis et de conflit pour entretenir une campagne d’hostilité permanente à un ennemi imaginaire et faire oublier un service exclusif des riches et possédants ?

Qui prétend lutter contre les voyous en oubliant de balayer devant la porte des ministères ?

Qui choisit la tolérance-zéro pour les uns avec des caméras partout et l’indulgence maximale pour les autres sans micros ni images ?

Qui enferme le violent plutôt que de supprimer les raisons de la violence ?

Que reste-t-il derrière le décor si une vie est passée à la perdre ?


Pour respecter la tradition, chacun peut ajouter à cette liste quelques trahisons de son cru afin d’élargir la farandole.

Car, il y a encore des
traditions « Farandole » et des traditions « Parade »,
pas toujours faciles à repérer, quoique…

Alors, comme pour se venger ou simplement exprimer son épuisement, notre environnement se réveille avant nous, s’agite malgré nous et va peut-être se révolter de plus en plus souvent contre nous.

Car la vraie rupture n’est pas par rapport au passé, mais dans une autre relation avec la nature, la vie et les autres.

Petit encouragement aux braves gens et petit avertissement à tous les menteurs, exploiteurs, prédateurs, profiteurs, trafiquants, usurpateurs, escrocs, truands, hypocrites, spéculateurs…, sans parler des criminels actifs ou passifs…, quel que soit leur rang, leur fonction, leur protection et leur situation, l’effet boomerang du bonheur distribué spontanément comme des vies saccagées pour le profit, est inexorable !


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