Vous êtes ici : Passions > Éleveur camarguais
Éleveur camarguais

Marcel-Jean-François BAUD

Jeff dit “le Camarguais” a une passion familiale depuis tout petit : Dès 1975, il possède un cheval à une époque où la machine agricole a pris le dessus sur les animaux de la ferme. Trente années plus tard, il a établi un palmarès impressionnant en matière d’élevage, de défense de la race camarguaise, tant chevaline que taurine.

Ouvrier agricole, il aurait pu en effet, après de rudes journées, goûter au repos en sirotant un apéritif au café du coin, comme tant d’autres le pratiquent couramment. Jeff ne joue pas dans cette catégorie. Lui, il préfère le siroter en contemplant des chevaux et des taureaux, de préfèrence chez lui et avec des copains.

En 1999, après avoir trouvé l’âme soeur et créé une famille, il décide de passer aux choses sérieuses et banales pour lui : L’élevage de chevaux de race camarguaise.

La beauté de ces bêtes à la robe blanche, leur force, leur agilité, leur rusticité, leur relative hauteur (un mètre 40 ou 48), leur parfaite adaptation à notre contrée et l’amour profond qu’il leur porte, l’amène à l’élevage passion d’une vie, un rêve d’enfant qui va devenir réalité.

Eleveur camarguais

Alors qu’il effectue journellement son travail d’ouvrier agricole, il démarre en 1989 son élevage à temps partiel dans ce qui devient petit à petit sa manade du Colombier. Ce sont alors des journées qui n’en finissent pas, des soucis à n’en plus finir, mais la passion ne le quitte pas, lui donne force et courage pour affronter échecs et difficultés, lorsque les animaux vont mal, les ressources manquent, les travaux n’avancent pas…, etc, etc.
Il faut aussi "avoir l’oeil", apprendre à connaître les signes de la maladie qui couve (la bête s’isole, est triste, mange mal, boîte…), à nourrir l’animal, à purger les poulains plusieurs fois par an et soigner le troupeau, à préparer les prés de ray-grass et luzerne, à faire les foins l’été, à organiser les réserves de fourrages, à veiller sur leur qualité, à surveiller en permanence pour n’avoir pas de surprise désagréable, à bricoler les écuries, les pâtures, les équipements…

Le cheval Camargue est plus économique qu’un Espagnol ou Breton, mais heureusement de nombreux amis lui offrent gracieusement leurs terres pour faire les prés et nourrir les bêtes.

Tant et si bien qu’il élève trois pouliches en 1989, puis arrive l’étalon Étourneau en 1994 qui obtient, lors du salon du cheval camarguais en septembre 2001, un premier prix dans la catégorie des cinq ans et plus, devançant l’ensemble de ses concurrents camarguais. Le même étalon est retenu pour le « show de l’élevage » lors du rassemblement de Cheval Passion.

Et en 2006, une vingtaine d’animaux s’épanouissent au Colombier, où la pouliche « Quine du Colombier » obtient le troisième prix des Haras « modèle et allure » dans la catégorie des 2 ans.

La vie avec les animaux

Les bêtes vivent dehors toute l’année dans un grand espace de deux hectares autour du mas. Le cheval aime avoir de la place, courir, et, dans une écurie, il est trop à l’étroit.

L’hiver se passe à Barbentane, mais pendant l’été, les juments et les poulains de moins d’un an sont envoyés dans les marais à Mas Thibert, les poulains de plus d’un an sont envoyés en Lozère au Pont de Montvert à 1 000 mètres d’altitude. C’est la transhumance des juments et des poulains pour les mettre au vert, leur éviter les grosses chaleurs et les mouches, leur donner du muscle et une bonne constitution au moins pendant les deux premières années, car à 3 ans, le poulain est prêt. Il faut 3 ans pour le former et 5 ans pour atteindre sa taille définitive.

Chaque printemps voit une à trois naissances quand tout va bien. Le cheval, contrairement à la vache ou à la brebis, reproduit difficilement. Il faut 11 mois à la jument pour porter le poulain et il y a beaucoup de problèmes avant de le voir naître. Une jument malade ne porte pas de poulain, comme si la nature refusait de reproduire pour se protéger ou se consacrer d’abord à la guérison. Par contre, la naissance se passe presque toujours bien. La jument se couche quelques minutes avant, les pattes de devant du poulain apparaissent, suivis de la tête puis du reste du corps. En général la nature fait bien son travail et il n’est pas besoin d’intervenir.

La présence doit être permanente plusieurs fois par jour : Matin, midi et soir, il faut s’assurer que tout va bien, que les rations d’eau et de fourrage ou légumes sont suffisantes, que les bêtes sont tranquilles, et cela par tous les temps, tous les jours de l’année.

Comme les bêtes séjournent dehors, elles n’ont pas besoin d’entretien particulier, et s’il fait trop froid ou mauvais temps, l’abri des haies de cyprès suffit à protéger le troupeau.
Seuls les petits poulains sont attrapés au mois d’octobre, avec beaucoup de difficultés tant ils sont sauvages, puis attachés en leur passant le licol autour du cou, purgés et mis à l’écurie pour quelques mois d’hiver.
Pendant ce temps il faut les caresser, leur donner du pain… pour les habituer à la présence humaine. Ainsi, une fois relâchés, ils seront plus faciles à appeler et attraper. Mais ils ne sont pas dressés, d’abord parce que c’est une tâche complexe et ensuite parce que chaque propriétaire dresse le poulain à sa façon et pour une activité bien précise.
Les juments ne sont pas ferrées non plus car elles sont rarement sur la route et cela pourrait présenter un risque pour l’étalon en cas de ruade.
Par contre, la « ferrade » de poulains est systématique et l’écusson, mis au fer rouge sur la cuisse de l’animal, sert d’abord contre le vol, puis pour connaître les origines de la bête. Elle est toujours réalisée avec les nombreux amis au cours de petites fêtes.

Mais, depuis 2005, le don d’un veau va constituer le début d’un nouvel épisode avec l’élevage de vaches et taureaux camarguais : Une vraie manade traditionnelle.

Le premier bistournage (castrage des veaux) a eu lieu le 26 février 2006 avec les deux premières bêtes à cornes du Colombier. Puis, ce sont plusieurs animaux qui sont arrivés à la manade pour donner une nouvelle dimension et activité à Jeff et à son ami manadier Ramon Serra qui lui offre quelques terres à Lédenon pour les recevoir.

Et les voilà partis pour une nouvelle aventure : les courses de vachettes du Colombier.

L’aventure et le courage

Et ce qui n’aurait pu être qu’une aventure sans lendemain, est devenue une réalité concrète. La manade du Colombier est solidement installée dans un quartier de Barbentane parce qu’un gamin courageux et un peu utopiste l’a imaginée, et cela mérite d’être souligné :
- L’utopie et le rêve ne sont pas des chimères pour cinglés, mais de puissants outils personnels capables de réaliser une idée forte et bien portée. Jeff a cette capacité et le démontre à tous les découragés de la vie qui noient chaque jour leurs idées noires dans des projets auxquels ils ne veulent pas croire.
- Les chevaux sont des animaux très proches de l’homme, qui ont été très souvent utilisés pour le travail, la guerre, l’alimentation. Jeff les remet en selle pour le plaisir, dans un cadre naturel où ils s’épanouissent sans autre perspective que la joie de vivre, en respectant leurs lois et leur chef du troupeau.
- Les taureaux ont été des symboles puissants pour des générations d’ancêtres qui les ont aimés et parfois divinisés. Même Massalia, l’ancienne Marseille, 500 ans avant notre ère, utilisait des monnaies en bronze frappées d’un dessin de taureau cornupète, c’est-à-dire fonçant tête baissée. Aujourd’hui encore, leur puissance et leur force ne laissent personne indifférents et leur seule présence rappelle que la nature est composée d’êtres exceptionnels capables d’imposer leur volonté. Jeff a renoué sans le savoir avec les millénaires, retrouvé des symboles perdus, et la représentation publique, incontournable pour respecter la tradition, cache en fait la recherche d’une meilleure compréhension d’un animal insolite et mystérieux.
- La manade n’est pas un endroit fermé pour un individu solitaire, mais un lieu de passage permanent et ouvert à tous. Ce qui aurait pu n’être qu’un plaisir réservé et personnel, Jeff en a fait un point de rencontre, un lieu d’échanges, un coin de nature, une place où la tradition est maintenue dans un contexte festif… Sans s’en rendre compte, il est devenu le centre d’une aventure collective, qui donne du baume au coeur à tous ceux qui partagent son amour des animaux sans avoir la possibilité de créer une manade, qui démontre que les relations humaines et animales peuvent être pacifiques et sources de joie, et permet à beaucoup de gens de renouer avec leurs origines rurales ou d’en redécouvrir les racines et les plaisirs.
- Un élevage d’animaux n’est pas un lieu anodin, mais une activité riche en individualités, en besoin d’observations, d’écoutes, de compréhensions, avec des moments difficiles, des erreurs catastrophiques et des périodes d’intenses joies : Soigner une bête, faire naître un veau, nourrir un animal, regarder s’ébrouer un poulain… Jeff s’est offert un luxe rare : Laisser faire la nature, sans crier, sans brusquerie, la respecter, la célébrer afin que ses êtres y vivent bien ensemble. Sa réussite n’en est que plus exemplaire.
- La vie des animaux est aussi un spectacle permanent naturel où hommes et surtout enfants assistent souvent émus à la naissance d’un poulain, à sa course folle dans les enganes, à la liberté d’exister et d’être qui semblent des biens si précieux et de plus en plus rares.
- Barbentane a connu d’autres élevages d’animaux similaires, mais aucun n’a jamais eu l’importance, ni la renommée de la manade du Colombier. Monsieur Baud porte ainsi le nom du village au delà de son territoire et lui permet d’acquérir une célébrité nouvelle, dans un domaine réservé habituellement à la plaine camarguaise.

Autre performance, professionnellement parlant, il est un manadier barbentanais reconnu et respecté en Camargue comme ailleurs. Sa compétence, son expérience, sa disponibilité et son troupeau sont régulièrement sollicités pour porter le message animalier au dela du Colombier, comme l’un des 65 éleveurs répartis dans toute la France, et membres de l’Association des Eleveurs de Race Camargue “Les camargues de France”.

La carreto et la transhumance des juments et poulains

En 1983, il relance la carreto ramado avec son père Marcel et Lucien Fontaine en créant les Amis de St Jean qui continuent encore avec succès aujourd’hui.

À l’origine de la création de la transhumance des juments et des poulains à Barbentane en 1996, avec l’aide de l’Amicale équestre dont il est un fidèle participant, il aide à l’organisation de cette manifestation dans les villages qui le souhaitent. Les « roussataires » (signifiant transhumance des chevaux en provençal) deviennent un moment fort dans les fêtes locales, rendant hommage à Jeff et à son travail. Des charrettes aux concours d’attelage, défilés, et maintenant foire aux ânes, tout ce qui touche au cheval trouve Jeff au coin de la rue.

En janvier 2006, c’est à la manade du Colombier que la prestigieuse Garde républicaine de Paris est venue participer à une soirée rencontre et connaissance avec l’amicale Equestre.

En 2007, c’est à Tarascon que la vingtaine de juments et poulains du Colombier encadrés de huit cavaliers obtiennent la coupe récompensant la meilleure roussataire en ville, et participent à côté de la Garde Républicaine au défilé organisé à l’occasion du classement de la Tarasque au Patrimoine mondial de l’Unesco.
Le taureau piscine de la fête votive 2007 de Barbentane a également été animé par la manade du Colombier.

Par cette passion journellement mise en oeuvre, Jeff œuvre avec originalité, hardiesse, persévérance et dynamisme à la défense de la race chevaline et taurine camarguaise, à la protection de la nature et des symboles ancestraux, au développement des relations sociales autour de la passion animale, à la sauvegarde du patrimoine et de la tradition, tant au village qu’aux alentours.

Il peut donc figurer au palmarès des passionnés barbentanais.


Contacts | Espace privé | Mise à jour le 2 mai 2013 | Plan du site | Haut de Page