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Agriculture

Activités rurales

Sur la commune de BARBENTANE en 2000, on comptait :
- 67 exploitations (147 en 1988, 63 en 2001, une quarantaine en 2004) dont 42 exploitations professionnelles.
- 70 chefs d’exploitation et coexploitants,
- 112 actifs familiaux, équivalent à 117 personnes à temps plein.

La superficie agricole utilisée était de 566 ha dont 149 ha en Terres labourables et 16 ha en herbe.

La production est surtout tournée vers :
- Le maraîchage (choux fleurs, pommes de terre, salades, épinards, tomates, melons...),
- Les arbres fruitiers (abricots, cerises, figues, olives, pêches, poires, pommes...).

Elle bénéficie de plusieurs atouts : terres d’alluvions, surfaces protégées (vents, inondations, éloignement des villes et grandes routes), important réseau d’irrigation, proximité de grands marchés d’Avignon et Châteaurenard, et d’agriculteurs performants.

Mais comme toute la profession, elle subit les évolutions qui conduisent à sa régression en :
- Surface (une centaine d’ha sont en friches, en 2000 l’insuffisance des prix de marché a provoqué l’arrachage de 15 ha de pommiers et 27 ha de pêchers),
- Nombre d’exploitants qui, de plus en plus âgés, ne sont pas remplacés après leur départ à la retraite.


L’agriculture est un beau sujet de discours du maire, du député, du Conseil général et régional, sans parler du gouvernement, et puis il y a les réalités qui sonnent curieusement le tocsin de ces paroles électoralistes :

➢ En 2010, 56 083 foyers agricoles ont perçu le RSA…
➢ En 2010, 26 m2 de terres agricoles ont disparu à chaque seconde…
➢ En 2010, 47 fermes agricoles ont cessé chaque jour leurs activités…

Mais en 2011, l’Arabie Saoudite devient un pays agricole. Dans une de ces fermes d’élevage située en plein désert, la production de lait y atteint 1 million de litres par jour :

La Montbéliarde y est brumisée 6 mm toutes les 12 heures !

Engrais et pesticides assurent des récoltes de qualité industrielle sur 22 500 ha !

Le maïs a deux récoltes par an de 110 tonnes par ha !

L’eau si précieuse et nécessaire y est pompée à 200 m de profondeur pour arroser le désert !

Tant que les consommateurs ne prendront pas leur alimentation en considération et la proximité des producteurs comme une obligation, l’agriculture restera un objet dans les mains de l’industrie agro-alimentaire qui accepte des conditions de production aberrantes.


Marchan sus la tèsto

Vole parla de ço que me prus darrié la tèsto despièi bèn de tèms.
Vole parla de ço que li gènt manjon.
Li païsan que rèston arrivon just à tira un revengut de si recordo. I’a de terro en campas, i’a de jouine que cercon de travai.
D’aquéu tèms vese dins lis especiarié de nòsti vilage de proudu que vènon de pertout. N’en vau cita quàuquis un :
- Li poumo « Pink lady » - encaro un mot anglés – à Gravesoun e à Barbentano li proudutour an pas fa la segoundo culido, car èro pas proun roujo. Acò èi de « bi-colore » coume se dis. Vòu dire que fau que i’ague de tres part dos de la surfàci acoulourido de rouge viéu. Aquest an, en óutobre a fa caud e se, e la poumo amo pas aquéu tèms. Alor, li mémi poumo, li vese à l’especiarié à 3€53 lou quilò, venènt dóu… Brasil.
- Li pero Williams vènon d’Argentino, à 2€50 lou quilò.
- I’a d’agroufioun dóu Chili à 19€95 lou quilò, que se m’ère presenta au marcat de Castèu-Reinard em’aquelo qualita auriéu pas vendu. Iéu que siéu ana vèndre aquéli de ma bello sorre au mes de mai, ai vendu peniblamen 1€20. Vesiéu lou moumen que lis entournave.
- Pèr li fèsto de Nouvè i’avié de figo frèsco à 25€ lou quilò, sai pas de mounte venien.
- I’a de champignoun de Paris, vènon plus de Paris, vènon de… Poulogno.
- En Avignoun, i’a de salado « bio » que vènon d’Anglo-Terro, alor qu’eici i’a la criso dins la salado.
- Li pomelos vènon de Chino. Li caulet brocoli e romanesco vènon d’Itàli.
- Pèr li fèsto vouliéu acheta de sardino de Mieterrano. M’an di : « Vous n’y pensez pas ! les pêcheurs ne sortent pas en ce moment pour pêcher des sardines » I’a pas proun à gagna. _ Prefèron vèndre de linguimbau de Cuba, pas pus liuen ! à 50€ lou quilò.
Après, te dison que fau manja de fru de sasoun e proudu loucalamen.
Après, te dison que sian en criso, dequé sarié se la criso èro pas aqui ?
Se se mèton à la vèndo, èi que i’a de gènt que croumpon.
Tóutis aquéli distanço qu’a faugu percourre pèr adurre acò eici, quant a cousta en gasòli pèr li camioun ? En Kerosèno pèr lis avioun ? Après, te dison que i’a la poulucioun, que i’a rescaufamen de la planeto e que tóuti li malautié grèvo vènon d’aqui, en particulié lou cancer. Alor…
Avans, disien que li gènt avien de « bon sens » ; aro, meme lou Crèdit Agricolo es en trin de leissa toumba aquelo deviso, au mens dins la pratico.
Apèlon acò lou prougrès souciau !
Apèlon acò la moundialisacioun ecounoumico, o lou coumèrci internaciounau.
Iéu apèle acò marcha sus la tèsto, en despié dóu bon sèn.
Anas dire que siéu vièi, rabassié, que vese que ço que vai mau. Es verai – lou cop que vèn vous parlarai de ço que vai bèn.
Adessias, bon apetit, mai mèfi à ço que manjas. Amistousamen.
Lou 15 de janvié de 2012
Pèire di Rafino.

(Traduction en Français du texte ci-dessus en Provençal)

Nous marchons sur la tête

Je veux parler de ce qui me trotte derrière la tête depuis quelques temps.
Je veux parler de ce que les gens mangent aujourd’hui.
Les quelques paysans qui restent n’arrivent pas à tirer un revenu de leurs récoltes.
Il y a des terres à l’abandon. Il y a des jeunes qui cherchent du travail.
Pendant ce temps, on voit dans les épiceries de nos villages des produits qui viennent de partout.
Je vous en cite quelques uns :
- Les pommes Pink Lady, encore un nom en Anglais. À Barbentane et Graveson, certains producteurs n’ont pas fait la deuxième cueillette car les pommes manquaient de coloration. C’est, comme on dit, des « bicolores », c’est-à-dire qu’il faut que les 2/3 de la surface de la pomme soit rouge vif. Cette année en octobre il a fait chaud et sec, et ces pommes n’aiment pas ce temps. On trouve dans nos épiceries les mêmes pommes à 3,53 € venant du Brésil…
- Les poires William vertes viennent d’Argentine à 2,50 € le kg…
- Il y avait des cerises du Chili à 19,95 € le kg… Moi qui suis allé vendre celles de ma belle sœur en mai à 1,20 € le kg, je voyais le moment où j’allais les retourner…
- Pour les fêtes de Noël, il y avait des figues fraîches à 25 € le kg d’origine inconnue…
- Il y a des champignons de Paris qui ne viennent plus de Paris mais de Pologne…
- En Avignon, il y avait des salades « Bio » qui venaient d’Angleterre, alors qu’en Provence il y a crise dans la salade…
- Les pommelos viennent de Chine…
- Les choux brocolis et romanesco viennent d’Italie…
- Pour les fêtes, je voulais acheter des sardines de Méditerranée. On m’a dit « Vous n’y pensez pas , les pêcheurs ne sortent en ce moment pour pêcher des sardines »>. Certainement, il n’y a pas assez à gagner. Les pêcheurs préfèrent vendre de la langouste de Cuba, pas plus loin, à 50 € le kg.
Après on te dit qu’il faut manger des légumes, des fruits de saison et produits localement…
Après on te dit qu’on est en situation de crise, qu’est-ce que ce serait si elle n’était pas là…
Si tous ces produits sont à la vente, c’est qu’il y a des clients qui les achètent…
Toutes ces distances parcourues pour amener ces produits ici, combien ça coûte en gasoil pour les camions, en heures de chauffeurs, en kérozène pour les avions ?
Après on te dit que tout ça pollue, qu’il y a le réchauffement de la planète et que toutes les maladies graves viennent de là, notamment le cancer…
Avant les gens avaient du « bon sens », maintenant même le Crédit agricole est en train d’abandonner cette devise, tout au moins dans la pratique.
On appelle ça le « Progrès social » !
On appelle ça la « Mondialisation économique » !
Moi, j’appelle ça « Marcher sur la tête » en dépit de bon sens…
Vous allez dire que je suis vieux, que je radote, que je vois que ce qui va mal, la prochaine fois je vous parlerais de ce qui va bien…
À bientôt. Bon appétit mais méfiez-vous de ce que vous mangez…
Amicalement.
Le 15 1 2012.
Pierre des Raffines.


Max Gilles, agriculteur et Président de la Communauté de Communes Rhône Alpilles Durance se lâche sur la crise agricole de cet hiver dans un entretien sur « La Provence » le 15 janvier 2012.

Il dénonce une situation où les fruits et légumes sont devenus des produits stockés en frigo par les centrales d’achat pour contrôler, écraser et concurrencer la production locale toute l’année. Il semble découvrir que la grande distribution écoule la marchandise venant de toute part à des prix bas et se garantit de bonnes marges au dépend des agriculteurs locaux ! Lesquels regardent passer les camions de livraison et tentent de baisser leurs coûts de production sans comprendre qu’ils détruisent eux-mêmes le socle fondamental, base de leur activité dont la rente est récupérée par d’autres dans un marché inégal.
M. Gilles devrait en parler à son ami missionné de la XVème, M. Reynès, qui se décarcasse en vain et dont nous disions fin 2011 qu’il était un leurre agricole à lui tout seul car le gouvernement auquel il participe :
- a laissé installer dans le fief des Confignes, des entreprises importatrices de produits agricoles délocalisés au Magreb qui, par des prix bas, détruisent le marché des productions locales traditionnelles et le MIN (Marché d’Intérêt National de Châteaurenard).
- a favorisé l’énergie nucléaire qui oblige les viticulteurs voisins des centrales à supprimer toutes références photos ou titres radioactifs pour vendre leur vin.
- a apporté son appui aux OGM, condamnant les AOC et autres spécialités, richesses des terroirs français.
- a ouvert la grande porte aux pesticides néfastes à la vie en général et aux insectes en particulier dont les abeilles, et menace la pollinisation des fleurs, la vie des ruches et la production agricole dans son ensemble.
- En juillet 2011, pour sauver l’agriculture, il a inventé le leurre trilogique : taxer les sodas pour baisser les cotisations des exploitants et lutter contre l’obésité !
- Mais, dès novembre 2011, il a vite repris ses aides en interdisant d’abord aux agriculteurs de produire leurs propres plants et semences et en les obligeant ensuite à les acheter chaque année à l’industrie semencière ! Ne plus pouvoir reproduire ses propres graines comme cela était possible depuis l’éternité, voilà un beau cadeau de Noël UMP. L’agriculteur devient otage des multinationales qui, par un simple texte de loi amicale, viennent de supprimer la concurrence.
C’est clair, Bombinet est au service des agriculteurs, tel un leurre permanent et Max peut toujours crier son désarroi pathétique…


« Ils nous prennent pour des cornichons ! »

Le Président de la fédération départementale des exploitants, M. Rossignol, louait en 2007 la promesse du candidat Sarkozy de baisser les charges, comme une vraie opportunité pour une agriculture compétitive et durable.

Puis, la venue de l’ancien ministre Barnier en janvier 2008, préparée par des réunions d’une centaine d’agriculteurs locaux sous la houlette du député-maire Reynès, semblait avoir satisfait tout ce petit monde.

Pourtant, le 27 mai 2009, LOGIDIS la centrale d’achat du groupe Carrefour Market et ED filiale Hard Discount du même groupe ont vu déferler les agriculteurs, fâchés après avoir découvert seulement 2 % de produits locaux à côté d’oignons d’Australie, de fraises d’Espagne, de tomates du Maroc, d’haricots du Kenya, de concombres de Pologne et de poivrons de Hollande… "Nous sommes envahis de produits étrangers à bas prix qui coulent nos marchés" hurlent les syndicats. Vrai pour l’invasion, mais faux pour le caractère étranger des produits dont nous allons reparler…

Depuis l’été 2009, la situation agricole provençale est à nouveau en difficulté à cause de bas prix et de problèmes climatiques, au point de voir dès octobre une grande mobilisation des agriculteurs apparemment téléguidée de l’Elysée pour préparer l’annonce en novembre d’un plan agricole préélectoral de plus.

Pris entre la volonté gouvernementale de ne pas augmenter les salaires, (Les employeurs détruisent ainsi leur structure salariale et leurs ouvriers n’ont plus les moyens d’acheter les produits, sauf ceux à bas prix), et entre la concurrence déloyale de production extérieure à bas coûts, les agriculteurs sont coincés et trompés.

Coincés, car leur volonté de participer sur les marchés concurrentiels est vouée à l’échec par les mécanismes implacables auxquels ils sont soumis (offre et demande manipulées). Ils ont pourtant cru aux sirènes productivistes qui leur susurraient : "vous êtes les meilleurs, performants, au top technologique, compétitifs, passionnés par un beau métier dans de beaux terroirs et vous allez dominer le monde par vos productions de qualité"…

Trompés, parce que responsables agricoles et gouvernement n’empêchent pas une pratique concurrentielle dévoyée, fatale pour les exploitants, qui assure lentement leur disparition (-40% d’agriculteurs en PACA de 1988 à 2005), même si quelques euros sont donnés par ici ou prêtés par là quand la pression est trop forte…

Le plus curieux est de voir le député local muni de son écharpe tricolore, défiler en tête de la manifestation agricole vauclusienne, pour réclamer l’aide salvatrice comme s’il ignorait les réalités, et misant sur la crédulité paysanne à toute épreuve qui accorde sa confiance aux amis au pouvoir… Pourtant, des agriculteurs pensent et disent : "ils nous prennent vraiment pour des cornichons", et nous allons le confirmer en racontant une histoire maroco-châteaurenardaise

La tomate idyllique

C’est l’histoire d’un trio : une femme Kadidja, un homme Joseph et un député Bébert (les prénoms ont été modifiés pour des raisons de confidentialité).

Joseph

L’homme Joseph vit à Barbentane et produit des légumes dont des tomates de variétés diverses. Mais il a beau faire, les prix des mercuriales sont plombés par la concurrence étrangère. Une ronde en grappe à 80 mm payée 0,80 € ou une coeur de boeuf à 1,50 € sans parler de l’allongée à 0,70 € trouvent difficilement preneur même si le coût de production, de mise en marché, de vente et de livraison est bien supérieur.
Il a pourtant tout essayé : Le MIN de Châteaurenard à 6 h du matin, celui d’Avignon encore plus tôt, et celui du Grès l’après-midi ! Mais partout on minaude sur la qualité, sur la variété, sur l’air du temps, sur la crise de la tomate et les difficultés du petit commerce pour faire baisser les prix, aussi Joseph trouve que le marché n’est plus ce qu’il était et envisage d’arrêter la tomate.
Son expéditeur préféré lui a signalé en début de saison qu’en dessus de 0,50 €, il ne peut pas acheter car sa centrale d’achat a fait affaire à ce prix avec l’Espagne et le Maroc s’il ne trouve pas le prix de tomate demandée. Joseph s’est retenu de ne pas lui envoyer le cageot sur la tête, mais l’expéditeur ne faisait qu’obéir au donneur d’ordres, celui qui fait la pluie et le mauvais temps même quand il fait soleil, et il comprend que les centrales d’achat font la loi et le malheur des paysans.
Son syndicat les dénonce ainsi que les charges exorbitantes qui empêchent de lutter contre cette concurrence et demande tous les trois mois depuis longtemps déjà une baisse des taxes, des cotisations et des impôts qui est toujours insuffisante. Même ses ouvriers occasionnels marocains lui disent : « Nous aussi au Maroc, on peut plus faire des tomates ». Mais il ne les croit pas car il voit bien chez le commerçant du coin les tomates du Maroc sur l’étalage. Et joseph ne peut pas comprendre car "on ne lui dit pas tout"…

Kadidja

La femme Kadidja vit dans la plaine du Souss au Maroc, près de la forêt d’arganes dont sa famille retirait autrefois la précieuse huile d’argan exportée à bons prix. Autrefois, car les eaux du barrage d’Aoulouz ont englouti sa ferme et les arganes. Déplacés dans un autre village, Kadidja et sa famille cultivent des légumes mais sans irrigation. Pour avoir de l’eau, il faut aller la chercher trop profond et le coût de l’installation est trop important, réservé seulement aux grosses exploitations qui puisent excessivement dans les ressources d’eau. Aussi les cultures des petits paysans végètent et ne suffisent plus à nourrir la famille.
Kadidja, comme des milliers de paysannes pauvres et de jeunes, vont alors travailler dans de grandes entreprises agricoles du secteur. Départ à l’aube en camion à bestiaux et retour à la nuit après une journée harassante dans une entreprise française de production de tomates. La banque mondiale et le FMI ont en effet obligé le Maroc en 1995 à libéraliser le secteur agricole en cédant au privé les terres publiques ou collectives attirant ainsi l’investissement étranger dans la plaine du Souss. Ainsi, Kadidja participe à la production marocaine des légumes qui sont écoulés sur le marché français de juin à octobre en gagnant 4,50 € par jour. Oui, vous avez bien lu : Entreprises françaises qui payent 4,5 € la journée ouvrière…
Ces productions agricoles ont plusieurs conséquences environnementales et sociales graves : L’irrigation de ces grands domaines provoque la baisse régulière du niveau des nappes phréatiques d’environ 3 mètres par an, asséchant les terres des petits paysans et anéantissant l’agriculture familiale ancestrale. Les grandes fermes pompent maintenant l’eau à plus de 200 m de profondeur puis, une fois épuisée la ressource, elles s’installent ailleurs, avec parfois des productions sous serre et hors sol, fortement polluées par les pesticides et engrais dont Kadidja subit aussi les effets.
Ce qui devrait être une action de développement se retourne contre ceux qui la reçoivent !
La désertification de la vallée reconnue « réserve de la biosphère » par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) avance chaque année avec la pollution du territoire. Les manifestations des paysans pauvres réclamant de l’eau sont systématiquement réprimées par le régime royal. Il ne reste aux familles qu’une solution : travailler pour les grosses exploitations étrangères, aller grossir les bidonvilles ou, pour les hommes, émigrer vers l’Europe par tous les moyens pour trouver une place d’ouvriers agricoles sur le marché de Châteaurenard. Là, l’accueil y est assuré vers le centre de rétention le plus proche par le ministère de l’identité nationale et du développement solidaire, avant un retour charter pour ceux qui ont échappé à la noyade en mer !

Bébert

Plusieurs entreprises françaises qui produisent dans cette région ont leur siège dans les zones artisanales de Châteaurenard ou d’une ville voisine. L’une d’elle a exporté 75 000 tonnes de primeurs pour un chiffre d’affaires de 115 millions € et un bénéfice de 2,6 millions €. Elle importe des "produits de saveurs" livrés aux centrales d’achat du coin et vendus aux naïfs consommateurs de nos supérettes locales au moment même où nos productions arrivent, contribuant ainsi à couler le marché régional de la tomate provençale. Bénéfice pour l’entreprise, faillite pour les paysans…
Le député Bébert, qui défile en tête des manifestations agricoles, abrite certaines de ces sociétés dans sa commune. Il s’agite beaucoup pour défendre l’agriculture locale et méditerranéenne, avec des succès évidemment très mitigés et pour cause : Comment lutter contre un coût de 4,50 € par jour là-bas avec un coût de 72 € par jour ici ?
La distorsion de revenus salariaux est telle que la concurrence est mortelle pour les paysans d’ici et l’absence d’eau est mortelle pour les paysans là-bas. Seules en profitent les sociétés d’exploitation et centrales d’achat qui se foutent éperdument des problèmes créés et des conséquences sociales ici et là-bas.
Réclamer une baisse des charges est un vœu pieux totalement inefficace, sinon pour détourner l’attention des cornichons en désignant un bouc émissaire étranger bien commode qui les empêche de regarder près de chez eux…
La petite agriculture est en perdition organisée, le paysan est transformé en chercheur de prime ou marathonien de la subvention dans un labyrinthe administratif, il doit même loger ses employés qui ne trouvent pas de logement social, le marché est une galère quotidienne pour les producteurs !
Le député devrait peut-être en parler au Conseil Stratégique du Commerce de Proximité car la tomate coloniale menace…
La Communauté des Communes aurait aussi les moyens d’intervenir, elle qui favorise le développement aveugle d’entreprises dans son secteur… Si député et communauté sont si véloces quand il s’agit de vanter les productions et les terroirs provençaux, si le président ressort même la "vichyssoise terre qui ne ment pas", que font-ils dans ce cas pour protéger les hommes ?
Il semble plus facile de sauver la "Nation gardianne" que de "moraliser les exploiteurs"…
Certes, Bébert se montre actif auprès de ses amis ministres pour ses amis agriculteurs, prend rendez-vous, conduit la délégation, revendique ce qui lui est demandé, obtient des promesses de mieux organiser la filière, des mesures d’accompagnement en préparation, des évaluations de la situation, d’un bilan et même des promesses futures…
Pour rien, car les prix bas restent toujours bas à cause d’un marché faussé en permanence !

Après la raisonnée, la HVE !

Pourtant, les politiques et les marchands ne manquent pas d’imagination car, après l’invention de l’agriculture intensive, les mots ont changé pour faire croire à une agriculture plus respectueuse de la nature et des gens : intégrée, raisonnée, intelligente, durable (celle qui accepte les OGM dans nos AOC, qui conseille les 5 fruits et légumes quotidiens même aux pesticides, qui empoisonne les abeilles…), puis bientôt la HVE (haute valeur environnementale) et l’agriculture de production (!) qui intègrent le transgénique dit science de la vie parce que le business prime sur la santé !
Une nouvelle tarte à la crème grenulleuse pour continuer comme avant et tenter de tuer l’agriculture BIO, la seule d’avenir que les industriels de l’agro-alimentaire ne supportent pas. L’UMP non plus car les derniers dons (650 millions €) ou prêts agricoles (1 milliard €) de novembre 2009 du président à l’agriculture intensive en notre nom, ont totalement oublié l’agriculture BIO, par hasard…
Et leurs cibles privilégiées ont pour nom : le purin d’ortie qui leur donne de l’urticaire, la semence ancienne qui gêne les semenciers OGM, et les plantes naturelles qui concurrencent outrageusement l’industrie chimico-pharmaceutique…

Après la pomme d’amour, le ketchup !

La production locale de tomates de conserve en développement (environ 100 000 tonnes produites en région Nîmes/Avignon/Arles), est achetée à un prix si bas (0,07 € le kg) que son importation ne présente évidemment aucun intérêt (et l’usine Tomateland de Tarascon utilise elle aussi beaucoup d’eau pour produire du ketchup). Il faut n’avoir plus d’avenir ni d’espoir pour se lancer dans une telle production, qui non seulement n’est pas la solution agricole pour défendre ni nos territoires, ni ceux des autres, mais c’est la solution finale d’une agriculture de qualité.
Les paysannes de la vallée du Souss et les producteurs provençaux en faillite ne sont que des victimes de causes qui provoquent leurs situations communes et on s’emploie à leur désigner des chimères dans des incantations propagandistes !

Après la tomate, à qui le tour ?

La tomate coloniale n’est qu’un exemple parmi bien d’autres productions ou ressources locales ou étrangères : le prix subventionné du maïs américain détruit celui des paysans mexicains qui sont obligés d’émigrer aux USA où, après le haut mur frontalier à franchir, les milices chassent le sans-papier…
Mais, si la production de tomates à l’étranger rapporte gros à certains, elle détruit des familles entières et des régions ici et ailleurs au nom d’un libéralisme cruel et de l’excuse de la mondialisation, à cause de la complicité des politiciens et des consommateurs abusés.
On dit que l’esclavage a, en principe, disparu depuis longtemps, n’aurait-il pas surtout changé de forme ?

Les rois de la fourchette n’ont pas dit leur dernier mot !

La revendication de baisse des charges est une stupidité collective, une erreur économique, une aberration écologique, une promesse fallacieuse, un écran de fumée permettant la perte définitive de la petite agriculture et celle de proximité en particulier, une agitation de batteurs d’estrade qui entretiennent la baisse funeste des prix…
Un peu plus de 50 % de la consommation française est importé avec contingentement réglementé sur le plan sanitaire et social, mais pas sur les prix, d’où une dérive terrible pour les producteurs. Pour 2010, l’Union Européenne accorde au Maroc une augmentation de 22 % de tomates à exporter, soit 285 000 tonnes au lieu de 233 000 tonnes sans doute au nom d’une naturelle solidarité avec les colons ! En 2009, le revenu agricole des légumiers français a baissé de 34 % et il ne faut pas chercher l’erreur… Quand en plus les haricots verts vendus en France font partie d’un contrat entre États, et échangés contre des chars d’assaut, c’est la fin des dits haricots…
Les paysans ont perdu la partie mais pas la bataille. Les consommateurs savent que l’avenir est entre leurs mains ou plutôt au bout de leur fourchette et de leurs achats s’ils le veulent bien…
Et les uns avec les autres, ils peuvent redonner à la tomate et aux autres productions, la glorieuse place qu’ils retrouveront un jour peut-être en misant sur une agriculture BIO de proximité et surtout de qualité loin, très loin des grandes surfaces, des centrales d’achat, des entreprises de pillage et de leurs serviteurs.


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