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5) Une jungle dans le chenal

À part quelques jeunes fumant secrètement le calumet de bois de lune sur la terre de leurs ancêtres ou quelques galants voulant impressionner leurs belles en s’égarant dans un fouillis inextricable propice à l’intrigue, rares sont ceux qui connaissent le chenal du Colombier, sauf les riverains évidemment.

Il est pourtant très allongé puisqu’il parcourt d’Ouest en Est une distance d’environ 1,1 km en descendant 7 m de dénivelé au travers de la Montagnette, avant de rejoindre la route des Carrières au chemin de Galavardes.

C’est cette partie que nous appelons « le chenal dans la jungle » et qui constitue ce chapitre.

Chenal, tout simplement parce qu’il s’agit d’un canal aménagé au bas des pentes pour conduire les eaux de ruissellement dans un parcours parfois espacé et peu profond, parfois étroit et profond suivant la configuration des lieux.

Jungle, parce que la majeure partie de cette portion est inaccessible à cause de l’enchevêtrement végétal sur un fonds humide que la nature a produit.

Ce qui pourrait être un grand inconvénient est au contraire une chance :
- Abri, protection, lieux d’épanouissement des animaux, insectes et oiseaux profitant d’espaces non exploités, sans trafic ni piétinement humain,
- Exubérance des herbes, plantes, arbres et arbustes livrés à eux-mêmes,
- Végétaux morts servant de riche compost,
- Réserve d’eau précieuse en ces temps de sécheresse,

La végétation est d’ailleurs celle de terrains humides, même si sa luxuriance a un peu souffert au cours de l’hiver 2009 et 2010 où le poids de la neige collante a cassé beaucoup de branches, toujours en attente de nettoyage municipal, ou de chute définitive au sol, ou de pourrissement sur place. Certes, quelques rares voisins débroussaillent la partie du chenal qui les borde et il faut les en remercier car ce n’est pas de leur responsabilité.
Dans une période récente mais lointaine, il y aurait même eu du bois pour aider quelques nécessiteux !

Situation encombrée que celle du chenal mais qui renforce sa fonction de rétention des eaux, alimente le sol en humus et fait en plus le bonheur de multiples hôtes des lieux, bref, à quelque chose malheur est bon…

Et il y en a pour tous les goûts :

L’herbe folle s’y déploie sans retenue.

Le cade genévrier pique tout ce qui approche.

La canne de Provence fait acte de présence.

Le bambou se croit en plaine humide.

Le lierre s’accroche où il veut.

Le laurier tin est comme chez lui.

Le jonc y trouve la fraîcheur souhaitée.

Le houx n’a aucune peine à cacher ses boules.

Le thym serpolet joue à la farigoule avec le romarin.

Le pin sylvestre est le maître des lieux, parfois à l’étroit au milieu
des bouleaux ou peupliers et un peu bousculé par le mauvais temps,
mais ne craint pas la chenille processionnaire que l’humidité révulse.

L’olivier antique se désespère de ne pas alimenter un moulin.

Le chêne vert sous des variétés très diverses occupe la place laissée libre.

Le genêt se fait mince pour s’imposer.

Le Yucca filamenteux s’est installé à l’ombre.

Le laurier sauce se verrait bien dans une soupe.

La salsepareille ne craint rien sauf le papillon bombyx et bien sûr les schtroumpfs.

La buissonnade rayonne sans entraves.

Comme partout, les mousses, lichens, champignons, insectes et papillons s’en donnent à cœur joie.

Les animaux adorent s’y cacher mais tôt ou tard le lapin myxomateux et le grassouillet perdreau servent de nourriture aux renards affamés.

Les nombreux oiseaux y trouvent à boire et chantent si bien que tous en profitent.

Mais ces descriptions sont trompeuses car, là comme ailleurs, le réchauffement climatique, la pollution par les pesticides, par les transports, par les rejets industriels ont des effets redoutables. Le nombre d’araignées, cloportes, libellules, mouches, moucherons, moustiques, papillons, vers…, sont en diminution constante et les animaux, oiseaux ou insectes qui s’en nourrissent ont moins de subsistance et sont donc en déclin eux aussi.

L’homme est un prédateur qui ne sait pas s’arrêter tant que le ciel ne lui tombe pas sur la tête et le cercle vicieux climatique qu’il renforce au nom de grands principes insidieux l’affecte déjà même si, pour l’instant, il apprécie que les mouches et moustiques soient plus rares !
Bêtes, insectes et plantes se déplacent en effet depuis 40 ans vers des zones plus fraîches à raison de 1,7 km par an du Sud vers le Nord et de 1,1 m par an vers les hauteurs. Cette mobilité forcée des espèces en recherche instinctive d’une meilleure température fait fuir celles qui vivent ici, alors que d’autres arrivent de zones plus chaudes et cela va continuer au cours de ce siècle. D’autant que s’y ajoute la destruction de leur habitat naturel par l’urbanisation ou la déforestation…

Bientôt, la perte des abeilles pourrait sonner la fin des réjouissances, la poursuite des transports et activités polluantes pourrait aggraver la crise environnementale, et les voyages carbonés des plus riches qui illustrent leur dédain de la nécessaire et urgente mutation pour inverser les désordres écologiques et climatiques qui en résultent, pourraient rendre irréversible une situation trop dégradée, que les pauvres ne seront pas les seuls à payer.
Resteront les regrets tardifs et vains d’un environnement perdu que l’on n’a pas su protéger, en commençant par la Montagnette et l’ouvrage du Colombier.

Depuis l’urbanisation des Carrières, le chenal borde de nombreuses constructions et subit quelques dégradations pour permettre à des propriétaires inconséquents :
- de le traverser sans entraves avec leurs véhicules,
- d’y installer leur élevage,
- de s’en servir comme dépotoir,

Et la mairie tolère…

Si la biodiversité intéresse tant en ces périodes de sécheresse qui, contrairement à la relative accalmie de cet été, vont s’accroître dans les années à venir, la municipalité dispose sur son territoire d’un autre lieu remarquable (après la zone humide du chemin d’Arles dévastée par la LEO !) qu’elle feint d’ignorer, tout comme l’ONF et le PIDAF, préférant écouter les coûteux cabinets d’experts parce que cela fait moderne !
Or, la construction de petits bassins collecteurs à partir de quelques pierres bien placées dans le lit du chenal permettrait d’accroître ici aussi les retenues d’eau, humidifier davantage un long espace naturel de plus d’un km, limiter le ruissellement vers la plaine et amplifier le rôle du Colombier. Certains lieux proches du chenal pourraient même recevoir un mini-lac artificiel retenant les eau et diminuant la pression sur les quartiers vulnérables de la plaine.

La nature offre gratuitement son concours, fait son travail avec ce dont elle dispose et les grenelleux protecteurs de la Montagnette peuvent prouver là leur bonne foi en préservant la jungle de Barbentane plutôt que de la dédaigner ou de la caricaturer.

Voir la suite « 6) Le chenal devient fossé et roubine. »


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