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7) Le mystère des origines.

A) Un ouvrage hydraulique majeur.
Tous les voisins du Colombier vous le diront, ils ne comprennent pas comment il fonctionne car, alors que les terrains agricoles et fossés de Terrefort sont remplis d’eau après une forte pluie, et que le fossé en haut des Carrières est un torrent, la partie aérienne du Colombier sur Terrefort est à sec ou presque !
En mairie, on n’en sait pas plus et le cabinet Ipseau a constaté le même phénomène sans trouver la réponse, attribuant même à l’encombrement végétal du ruisseau, le blocage de ses écoulements, comme si l’eau pouvait être retenue par quelques branchages !
Ce mystère des origines est pourtant facile à comprendre, à condition de sortir du schéma habituel qui veut qu’un fossé doit à tout prix avoir une issue. Erreur historique applicable au cas du Colombier.

Une curieuse réalisation.
Recueillir les eaux dans une roubine est à la portée de tous, il suffit de creuser le sol en donnant une légère pente au conduit. Mais, éviter que la force torrentielle de l’eau ne détruise la roubine dans son parcours ou à l’issue prévue est un redoutable pari :
- soit on la bloque avec de coûteux ouvrages monumentaux qui au fil du temps se dégradent ou que les eaux sapent ou contournent en perturbant la zone,
- soit on la laisse aller en protégeant ses bordures et en aménageant son passage avec de lourds matériaux, et les risques de ravinement deviennent importants dans une zone fragilisée,
- soit on organise une réception en douceur, sorte de compromis qui ménage l’environnement, ralentit le temps de la crue et calme la belle en furie.
C’est cette dernière technique qui a été choisie par les hydrauliciens antiques.

Des torrents domptés.
En effet, la roubine du Colombier normale au début de la route des carrières, recouverte même de ponts empierrés ou bétonnés qui lui font souvent obstruction et la contraignent par leur largeurs ou hauteurs insuffisantes en la faisant refluer, s’émancipe enfin à la sortie des constructions.
Elle prend alors ses aises, occupant tout l’espace disponible au sud de la route, recevant même les écoulements de tous les environs, quitte à occuper des surfaces voisines laissées à sa disposition par des créateurs de génie qui ont ainsi dompté des torrents en étalant leur flux, et les ont transformés en écoulement tranquille sur une distance d’à peine un km.

Pas besoin de service après-vente.
Ainsi, les végétaux vivants ou morts qui l’occupent, loin de gêner son cours, sont au contraire les obstacles naturels qui freinent, ralentissent les eaux, brisent leur énergie, calment leur violence : arbres, herbes, ronces, arbustes, mousses, champignons et même trous d’animaux, tous participent au ralentissement du flux, en absorbent une partie pendant qu’une autre s’infiltre en sous-sol, la majeure partie attendant patiemment avant l’issue fatale. Et voilà pourquoi son nettoyage n’est pas prévu à l’origine. Il est donc inutile, contre-productif voire dangereux pour les produits végétaux naturels et à réserver uniquement aux seuls déchets ou gravats.
Et encore, il peut y avoir danger à s’aventurer dans les fonds marécageux et mouvants de cette zone humide.

Des experts étonnés.
Les experts en écoulement du cabinet Ipseau trouvent dans cette roubine des freins causés par une végétation qui empêche un bon écoulement de l’eau ! Bien vu pour la végétation qui n’avait pas besoin d’une étude pour le signaler, ni pour la nettoyer, mais nul pour le bon écoulement qui justement n’est pas prévu ainsi ! Incapables d’en comprendre le fonctionnement, ils ne cherchent même pas à l’étudier mais en tirent des conclusions dont la stupidité est prise pour une vérité technocratique hors de prix… Les élus seront-ils naïfs ?
Les Romains n’ont pas fait que des bonnes choses, mais là, il faut plutôt admirer la réalisation. De quoi s’agit-il ?

Une roubine originale.
Contrairement à toutes les habitudes, et c’est peut-être cela qui rend difficile la compréhension, cette roubine située 40 m plus bas que sa source n’a pas de lit propre, n’a pas de volume défini et encore moins d’allure, son écoulement est invisible, son niveau variable dans sa hauteur comme dans sa largeur, son encombrement maximum, elle reçoit des torrents d’eau, elle n’a jamais été ou rarement nettoyée et en plus elle n’a pas d’issue !
Pourtant, elle n’a jamais inondé le village, au contraire !
Comment fonctionne-t-elle quand les eaux s’y précipitent ?
La technique d’une réception en douceur dans un barrage fonctionne à merveille depuis l’antiquité.

Route et chemins forment digue et barrage curieusement organisés.
La route supérieure des Carrières et les chemins constitués de levées de terres et cailloux forment talus, digue et barrage où le Colombier vient se heurter. Un seuil conçu à cet effet qui l’enserre petit à petit, puis l’entrave complètement.

Il est formé, fermé et endigué du côté :
- Sud avec le talus arboré du chemin de Valboussières dont les eaux de ruissellement s’écoulent soit dans le plan d’eau du Colombier pour leur majeure partie, soit dans son fossé de bordure.

- Nord par la route des Carrières.

- Est par le croisement de la route et du chemin qui, un peu plus bas, en verrouille l’issue.

Un chemin de Valboussières et une route des Carrières
qui enserrent totalement un Colombier coincé, réduit et contraint !

Partant du principe qu’il vaut mieux laisser l’eau faire elle-même le travail sans la contrarier, à cette nouvelle étape, la roubine du Colombier est donc sans issue.

C’est le mystère des origines qui permet de comprendre pourquoi Barbentane est ainsi épargnée et de répondre à la question essentielle :

"mais où passent donc les eaux ?"

Elles restent là et attendent car, après le calme obtenu dans son large parcours final au travers d’une végétation dense, ce mini barrage digue définitif retient toutes les eaux conduites depuis la source qui peuvent alors se hausser calmement au fur et à mesure de leur arrivée en remplissant tout le secteur.
Puis, lorsque la durée des précipitations élève trop leur niveau, les eaux débordent par-dessus le chemin talus faisant office de plateforme pierreuse ou herbeuse, exutoire naturel situé avant le vieux transformateur EDF.

Elles ont alors deux directions possibles pour continuer leurs aventures avec au choix : Par le chemin au sud et à droite vers Bragalance et Graveson, et/ou le fossé inférieur au nord et à gauche vers Terrefort et Barbentane.

Il ne faut pas oublier que route et chemin en question sont situés sur ou à côté d’une voie historique appelée le chemin "Trachor" qui, bien avant les Romains, passait par là pour relier Bragalance à Boulbon par les Carrières. Il a donc été conservé, jouant un rôle nouveau de digue et barrage, même si en période de débordement des eaux, il devenait sans doute impraticable.

Le croisement entre la route des Carrières et le chemin Sous les roches.

Cet enfermement est si efficace que lors de fortes pluies, le Colombier est rempli dans cette partie des Carrières, alors qu’il est à sec dans sa partie Terrefort, tant que les eaux contenues plus haut n’ont pas débordé de son seuil.
Sauf si les cascades de Valboussières en suivant leur chemin ne viennent se jeter, en dessous du seuil, dans le fossé qui le borde et rejoint plus loin celui du Colombier inférieur.
Sauf si les écoulements agricoles ou urbains de l’autre côté de la route ne viennent aussi se jeter après le seuil dans le dit fossé.

Le fossé reçoit toujours et encore des eaux sans rien dire.

C’est cette partie extérieure au Colombier qui alimente en eau le fossé inférieur jusqu’au pont et Terrefort, alors que le Colombier n’a toujours pas débordé.

Explications qui permettent de comprendre l’étonnement des voisins et d’Ipseau. Mais aussi et surtout la preuve que non seulement le Colombier n’inonde pas le village, mais qu’il remplit parfaitement son rôle en retenant les eaux plusieurs jours pendant que les surfaces des autres quartiers s’écoulent !
Bref, cet ouvrage majeur protège Barbentane depuis deux mille ans…

Un vrai bassin réservoir naturel, gratuit et efficace…
L’eau va en plus assurer elle-même l’évacuation de l’humus produit par les végétaux détruits ainsi que les résidus des assainissements du secteur, en s’écoulant, non dans une canalisation qu’il aurait fallu grillager, déboucher et nettoyer régulièrement depuis la période romaine, mais en le posant sur les hauteurs de son exutoire ou dans le fossé, d’où il peut être enlevé facilement. En temps normal, la plupart des végétaux sont déposés sur le chemin ou fossé et se dégrade en humus s’ils ne sont pas enlevés.

Le fossé inférieur non nettoyé en dessous du barrage seuil.

À une époque lointaine où la corvée de bois était une tâche journalière, un tel dépôt devenait une aubaine pour les habitants du lieu qui n’avaient qu’à se baisser pour le ramasser.
Si le nettoyage tarde, les végétaux sont poussés par les eaux vers le fossé et peuvent l’encombrer plus loin ou, comme en 2008 lors des débroussaillements ONF dans cette partie, quelques troncs d’arbres laissés sur place ont été emportés par les eaux, bloqués sous le pont suivant en provoquant quelques débordements intempestifs. D’où peut-être l’accusation infondée contre un ruisseau mal nettoyé, utilisé aujourd’hui contre lui…

Un Colombier qui a hélas bien d’autres flux à gérer.
En effet, son issue même dans cette dernière étape est menacée par d’autres problèmes :
- des exploitants agricoles voisins n’ont rien trouvé de mieux pour travailler plus facilement leurs arbres que d’en modifier terrains, talus, pentes et accès, aménagements compréhensibles pour une mécanisation efficace mais avec des risques accrus de perturbations du Colombier.
Lorsque les cascades de Miassouse, des Perrières ou de Valboussières se mettent à jaillir sous l’orage qui gronde et se précipitent vers le Colombier, ces nouvelles pentes provoquent un ravinement excessif. Il creuse, perturbe son parcours et, sans la végétation protectrice, viendrait dégrader le fonctionnement de l’exutoire en y apportant trop rapidement un déluge attendu plus tard, détériorant en plus la plateforme ou le chemin, là où ils sont les plus précieux.
- C’est aussi dans ce secteur que l’accumulation de sables a été utilisée par l’entreprise Callet comme carrière de matériaux pour la construction.
- Ce ruisseau reçoit surtout depuis l’antiquité tout ce que la nature a bien voulu lui déposer, mais aussi tout ce que les riverains lui ont abandonné et tout ce que les passants lui ont jeté. La gadoue historique de son fond vaseux est d’une extraordinaire richesse en terme de diversité car elle a recueilli au travers des temps, les dons pas toujours volontaires des cohortes humaines, conservés dans ses profondeurs comme un témoignage archéologique du passé.
- Du présent aussi, car certaines années ont vu des épandages de boues d’épuration que les cascades emportent vers le Colombier et le village en les ajoutant aux égouts domestiques, aux assainissements autonomes, aux dépôts et canettes diverses…
Une zone humide que la modernité enrichie en déchets !
- Mais le plus gros problème du Colombier tient à l’urbanisation municipale inconséquente du secteur et de la Montagnette depuis les lointains quartiers de la Côte et des Moulins, ainsi que des nettoyages intempestifs dont nous reparlerons dans les prochains chapitres…
L’environnement est tout un art parfois caché et souvent ignoré dont l’existence ne gagne pas toujours à être révélée !

Après cette étape, l’écoulement des eaux à partir de l’exutoire a été organisé pour que Barbentane n’en reçoive qu’une partie seulement, ce sera l’objet du prochain chapitre.

Voir la suite « 8. Vers Barbentane et/ou Graveson ! »


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