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11. Quand les bornes sont franchies

…il n’y a plus de limites.

Les bornes sont-elles franchies ?
Pour les 6 raisons évoquées dans le précédent article, il y a peu d’espoir :

1. Les bassins réservoirs actuels depuis l’Etang (habituellement sec) à Bragalance peuvent certes être améliorés, mais l’Etang, le plus important, va subir encore trop de dommages pour pouvoir continuer à jouer son rôle historique, ignoré par les responsables municipaux.

2. La liaison routière dite LEO verra petit à petit se colmater les tripatouillages en profondeur et donc limiter ses effets dans le temps, mais la nouvelle tranche rognonaise ajoutera aux difficultés. Après le saccage des galeries souterraines sous le Coulon à Bompas lors de la construction de la ligne TGV, galeries non identifiées sur les cartes géologiques et qui, découvertes tardivement, ont été comblées sans ménagement par des gravats et ciments enfouies en urgence pour que passe le progrès. La LEO à venir prévoit de touiller en bord de Durance dans une zone sous pression de la rivière qui alimente en sous-sol une grande partie des familles rognonaises et barbentanaises y pompant leur eau de consommation, et en plus dans le secteur du Réal, de l’Anguillon et surtout de la source de la Seignone, là où Avignon et donc Rognonas puisent leur eau potable communale. La DDE13, Mme Roig, MM. Reynès et Guérini font prendre de gros risques aux habitants du secteur…

3. La zone de la CCRAD à Sagnon fera tout pour préserver trop tardivement les entreprises des excès d’eau à venir, sans aucune amélioration pour les quartiers voisins et toute nouvelle installation va en rajouter pour tout le monde.

4. Bétonnage et urbanisation au nom du développement voient les élus marécageux réclamer férocement, seuls dans leur coin ou en meutes intéressées, afin d’obtenir que quelques marigots deviennent constructibles. Ce qui, même avec des conditions spécifiques pour les protéger, réduira la place de l’eau et aggravera les situations en cas d’intempéries. D’après le ministère de l’écologie, en créant de la densification, le relèvement de 30 % des droits à construire sur les terrains et les habitations contribuerait à la politique de développement des logements sociaux et de la préservation des terres agricoles et naturelles. Sauf que, en augmentant le droit à construire, et par là le prix du foncier constructible, on va surtout aggraver la spéculation sur les espaces naturels, agricoles et forestiers.

5. La Durance et le Rhône ont souvent été et sont redevenus des menaces imparables : Aucun aménagement actuel ou futur ne permettra d’en réduire les effets car les entraves à leur passage sont aujourd’hui trop importants.
Les pompages intempestifs répétés dans la zone des résurgences les entretiennent au lieu de les freiner suivant le principe des vases communicants.
Aujourd’hui, le lit permanent, les retenues intermédiaires, les barrages sont incapables de recevoir une vraie crue à cause des stocks de limons accumulés. Le délimonage de son parcours et du Rhône diminuerait les risques, mais silence dans les rangs des actionnaires CNR, les caisses sont vides…
Les industries chimiques qui se servent de la Durance ou du Rhône comme égoûts ont empoisonné les eaux qui nous reviennent dans les lonnes souterraines chargées par le fleuve ou la rivière.
On a installé dans les lits de grandes voies de communication : Autoroute A 51 et T.G.V. qui, tels des accélérateurs, orientent, corsettent les flux, aggravant le phénomène en cas de crues.

6. Les roubines locales. Déjà insuffisantes, elles sont en plus obstruées avec des ponts escaliers. Mais, leur nombre importe peu car elles ne peuvent au mieux évacuer que 50 m3/sec sous le pont d’Aramon, ou refluer par la Lonne, les roubines vers le village et les habitations, GIMI compris. En accroître le nombre suppose de tels moyens et de telles surfaces pour écouler un flux plus important dans une issue toujours contrainte que la tâche est vaine et risquée.

Il est triste de le dire et de le répéter, mais nous sommes un bassin de rétention ouvert aux flux extérieurs pour protéger la population avignonaise. Non seulement l’avenir s’annonce humide, mais en plus pollué gravement dans la ressource principale qui permet la vie…
Les bornes comme les limites sont donc bien franchies et les responsables municipaux en sont inquiets car depuis 2001, la situation hydraulique s’est aggravée de tous les côtés :
- En plaine où les inondations sont de retour depuis les alertes de 2002 et 2003, et on fait semblant de n’en pas comprendre les raisons ;
- En haut sur les faubourgs où inonder le Cours, la Fontaine et Bertherigues est le nouveau jeu communal…
- Plus haut encore sur la Montagnette où les écoulements des nouvelles urbanisations ont été réalisés en dépit du bon sens, où les ouvrages anciens supportent mal l’indifférence à leur égard et encore moins l’accroissement des flux auxquels ils ne sont pas préparés. Inonder Bassette est le nouveau sport communal…
- Et c’est ainsi que le Colombier est devenu un coupable silencieux, facile à désigner mais innocent.

On peut comprendre que l’inquiétude municipale ait eu besoin d’une étude hydraulique de plus. Surtout si elle n’a pour raison que de permettre d’urbaniser encore plus en haut ou en bas. Et donc de prouver qu’on peut continuer à « développer » le village sans risques !

La situation hydraulique de Barbentane ne s’est pas améliorée depuis 2001 et le pire est même à craindre si on continue aveuglément d’ignorer certaines réalités :

- Qui a laissé l’Étang s’enlimoner, perdre chaque année un peu de sa surface, accroître ses ruissellements, colmater ses issues, servir d’égoût et recevoir les pollutions urbaines ?
- Qui a autorisé le busage du Colombier pour y faire passer un chemin, emporté par les eaux en novembre 2011
- Qui a oublié le nettoyage du Colombier dans sa partie avant pont romain, réduisant dès le début sa capacité de rétention ?
- Qui a permis la hausse et l’inversion de pente du chemin de bragalance, modifiant ainsi l’écoulement des eaux ?
- Qui a urbanisé le quartier de la Côte au point de l’inonder régulièrement ?
- Qui a augmenté le trafic véhicules et donc la pollution sur le massif, en y construisant l’école, en y autorisant les courses annuelles de trial ou en y laissant trafiquer chaque semaine les motos tout terrain ?
- Qui a prévu d’urbaniser le quartier de Bassette sans considération hydraulique pour la Montagnette ?
- Qui souhaite urbaniser la plaine inondable en oubliant que le temps n’a pas arrangé les choses dans le casier hydraulique ?

PETIT RAPPEL AVANT LE DELUGE
Il est un fait non pris en considération lorsque les projets en plaine sont évoqués, c’est celui de la réalité des hauteurs d’eau prises en considération comme référence historique, dans le casier hydraulique.
Explication : Lorsque la carte d’aléa utilisée pour le plan de prévention du risque (PPRI), indique par exemple une hauteur d’eau d’un mètre pour une inondation ou crue centennale passée, au delà de laquelle il faut envisager soit d’interdire les constructions, soit de mettre des conditions de hauteur pour les protéger, de quelle crue parle-t-on ?
De celle ayant eu lieu cent ans auparavant ! Or, elle s’était produite dans un contexte très différent qui est aujourd’hui inopérant. Le mètre d’eau de crue de 1856, 1886 ou 1890 n’a plus rien à voir avec ce qu’il est aujourd’hui, pour l’unique raison que le lieu d’expansion de l’eau a été urbanisé fortement et que la place laissé à l’eau s’est si fortement réduite que le mètre d’alors va devenir 2 mètres ou plus aujourd’hui à une vitesse encore plus grande. Les dégâts attendus vont alors être supérieurs et les conséquences aussi…
Bref, le PPRI en débat se prépare dans des conditions d’autant plus irréalistes qu’elles oublient non seulement cette différence cruciale, mais aussi que :
- Le territoire essentiellement agricole était organisé en fonction des crues régulières à recevoir.
- Le casier hydraulique de Barbentane connaissait déjà des prescriptions de précaution unanimement respectées et acceptées, même si les relations hydrauliques avec les villages voisins étaient sources régulières de conflits.
- Les habitats tout comme les voies de communication en plaine étaient limités, et la place laissée à l’eau des crues suffisante pour en réduire les impacts.
- La qualité des eaux de crues n’avait pas encore subi les pollutions industrielles actuelles et, une fois retirée, la crue laissé un terroir propre chimiquement où les algues vertes n’existaient pas.
On peut donc craindre qu’un débat sur la quantité soit déjà surréaliste, mais oublie en plus celui sur la qualité et ne permette surtout pas de parler de la pollution de plus en plus grande du territoire et du rôle néfaste de la chimie dans la vie.

Il faut dire aussi que cette vision barbentano-barbentanaise ne tient pas compte du contexte général dans lequel le réchauffement climatique a de plus en plus d’impact.
En admettant que l’humanité parvienne à le limiter à 2°C, ce qui apparait maintenant comme hautement improbable, les scientifiques annoncent que les générations à venir devront faire face à une montée du niveau de la mer de 2 mètres en 2100 par rapport à son niveau actuel ! Avec la fonte totale des calottes glaciaires, certains scientifiques onusiens promettent une montée des eaux encore plus énorme jusqu’à 32 m ! Bien sûr, personne ne veut y croire et on attendra la disparition de la Camargue pour commencer à s’inquiéter. Car, la plaine depuis Châteaurenard est entre 16 et 32 m au-dessus du niveau de la mer. Comme en période ligure, la Méditerranée va-t-elle remonter jusqu’à nous par les lonnes souterraines ou par l’élévation de son niveau sur les terres, et dans les deux cas, mettre cette plaine sous l’eau ?
Les autorités doivent pourtant prendre des précautions au cas où et il ne faut pas s’étonner si la préparation des PPRI devient aussi contraignante et problématique avec des élus dénonçant des technocrates qui les empêchent de ‘développer’ leur village au nom d‘un risque exagéré. Après avoir obtenu une éventuelle « victoire sur le PPRI », les élus batailleurs risquent alors de vaquer à leurs jeux de construction, causes supplémentaires d’inondations dans un marécage.
Coincés dans la nasse communale, ils lanceront une nouvelle étude pour trouver les solutions. _ Quelques unes sont déjà bien détaillées dans le rapport Ipseau et consistent :
- D’abord à quelques banalités comme le nettoyage de fossés et roubines dont on connaît maintenant les résultats.
- Puis à des propositions d’ouvrir quelques issues à l’eau, du Puits de la Ville à l’Etang, pour réduire celles coulant dans le Colombier. Sauf que ces issues existent déjà et que le Colombier est organisé pour le faire lui-même sans avoir fait d’études.
- Enfin, les propositions les plus saugrenues et ‘amusantes’ concernent des bassins réservoirs (BR) à installer sur le territoire afin d’y garder les eaux assez longtemps pendant les intempéries pour ne pas remplir les roubines et déborder en plaine. Ainsi, sont prévus des BR à :
- & Valboussières à la place du seuil actuel du Colombier… nous avons vu que celui existant fonctionne si parfaitement et gratuitement depuis deux millénaires, qu’il n’est pas vraiment urgent d’intervenir, surtout pour accroître l’écoulement des eaux vers Graveson !
- & Bragalance juste à côté des caisses SNCF dans un secteur où l’eau est au ras du sol toute l’année et donc sera encore plus haute dans le futur…
- & Terrefort, là où la pluie de novembre 2011 a montré la puissance des vases communiquants duranciens et des ruissellements montagneux. S’il y a un secteur où la remontée des eaux est permanente, témoin la zone humide bordant la voie SNCF, c’est bien celui là et le futur BR sera un cloaque où élevages de moustiques et crapauds seront assurés…

Les bornes sont donc non seulement franchies, mais les limites atteintes surtout si on refuse les menaces annoncées.

Les solutions évitant de charger la nasse communale sont pourtant plus nombreuses qu’on ne croît, à plusieurs conditions incontournables.
On peut déjà considérer que les six plaies évoquées au début de l’article méritent d’être d’abord prises chacune en considération pour ne pas poursuivre dans l’erreur, soit par des réponses adaptées aux phénomènes aggravés qu’elles provoquent, soit pour les ignorer et s’attendre alors à des réactions hydrauliques plus graves encore. Ensuite, il faut assurer le service minimum en reconsidérant toutes les ressources locales…

Ce sera l’objet du prochain article 12. Quelles solutions pour protéger le village et les habitants ? (écriture en cours)


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