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Jardin secret

Je plante donc je suis...

Un rapport intime avec la nature

Dans ce monde complexe où la vie semble parfois suspendue à pas grand-chose, l’existence quotidienne est traversée de périodes intenses, agitées, fatigantes, et parfois pénibles...

Pour tenir dans ces situations, chacun a sa façon d’organiser des moments de repos :
- S’abandonner : Sieste ou coucher tôt
- Changer de sujet : Lecture, musique, télé, théâtre
- Se faire suer : Sport, promenade, baignade
- Inventer : Écriture, réparation, création
- Refaire le monde : Réunion, manifestation, action
- ... Et,
- Jardiner : Balcon, terrasse, jardin.

Pas une maison, pas un appartement, pas un intérieur où une famille ne dispose d’une ou plusieurs plantes. Dès que cela est possible, le moindre carré de terre devient un théâtre de verdure où l’imagination s’exprime largement.

Il y a comme un retour aux sources tant il est vrai que chacun a eu, dans un temps plus ou moins lointain, un parent agriculteur dont inconsciemment il porte encore les stigmates (vendange, foin, cueillette...).

La verdure titille comme un appel à la nature et, pour peu que l’environnement laisse une trop grande place au béton, comme un besoin de recréer un monde vivant et animé qui manque cruellement.

Plus profondément, le jardinage est un véritable partage avec les éléments : amour des plantes, respect pour la terre, compréhension de la nature, malgré les déviations technologiques créées autour de cette activité.

Pendant des siècles, le rapport à la nature a plus tenu compte des capacités personnelles des plantes et du sol pour produire, que des besoins croissants de la population.

Aussi certaines années, un climat plus ou moins propice provoquait la pénurie ou l’excédent de produits agricoles et des difficultés dramatiques lors de climats perturbés. Au retour des beaux jours, semences et plants repartaient sans difficulté et leur amélioration par les paysans eux-mêmes, trouvait toujours un sol prêt à les porter.

Les temps ont bien changé

Pour fournir des produits en quantité, le plus souvent possible, l’agriculture dite industrielle a pris le pas sur l’autre au nom de la performance et du progrès.

Intensification de la mécanisation, de la fertilisation et de la lutte contre maladies et insectes, avec une irrigation organisée. Ce mode de production s’est généralisé et a permis de nourrir la population.

Mais aussi de détruire beaucoup de choses.

Le bilan fait aujourd’hui sur ses conséquences, apparaît exorbitant par rapport aux raisons de sa mise en œuvre : pollution généralisée des sols et des nappes phréatiques ; perte définitive de variétés de semences et plants locaux alors adaptés aux sols et climats ; utilisation de techniques et produits chimiques incompatibles avec la vie humaine, animale et végétale ; produits forcés et donc de qualité médiocre quand il n’est pas mortel (ESB) ; suppression de millions de paysans mis en concurrence entre eux ; subventions aux plantations puis, en cas de surproduction, aux arrachages, puis au gel des terres... Une politique aberrante qui voit partir les paysans alors qu’on s’inquiète de la gestion de l’espace !

Le malaise est général tant dans l’appréciation des bienfaits de la situation, que dans l’importance des dégradations causées et des effets à long terme. Les uns se sentent agressés dans leur travail de producteur, les autres le sont en tant que consommateurs qui leur avaient fait confiance...

Parfois les deux bords reconnaissent l’impasse et ouvrent la voie à une autre agriculture (la bio), à un mode production moins agressif (la raisonnée), pendant que la majorité continue à parler terroir, AOC, typicité, goût, tradition..., pour tenter de valoriser un produit qui doit d’abord retrouver la confiance naturelle perdue.

Les temps ont bien changé aussi pour le jardinier amateur

Dans ce monde de la performance, la beauté des publicités et les techniques de production se sont introduites évidemment dans les jardins. Engrais, pesticides ont donc fait leur part de dégâts sur les balcons et terrasses.

Pourtant, on ne sait pas pourquoi, les jardiniers ont vite vu que les promesses des marchands n’étaient pas à la hauteur des espérances et surtout que leurs plantes appréciaient peu cette intrusion chimique. La recherche de techniques naturelles ancestrales est revenue en force, les méthodes culturales de bon sens ont repris leur place, la chimie est toujours dans nos assiettes, mais elle régresse dans les jardins.

Mieux, ils sont de plus en plus des lieux d’épanouissement non seulement des jardiniers du dimanche, mais aussi des plantes, des oiseaux, des animaux, des microbes, des bactéries..., qui loin de constituer une menace, comme veulent le faire croire les marchands de dopage en tout genre, tentent de trouver leur place et de vivre en harmonie, malgré quelques agacements parfois bien compréhensibles.

Il suffit de laisser parler n’importe quelle personne qui s’adonne au jardinage sans retenue, pour comprendre que la vie et l’amour sont de retour dans ces espaces :
- multiplicité et complémentarité des espèces,
- permanence de variétés locales,
- jachère régulière,
- herbes, microbes et insectes envisagés comme bienfaiteurs,
- chimie de plus en plus absente,
- sols régénérés au compost,
- paroles, caresses et musiques pour les plantes,
- partages et échanges gratuits de semences et plants...

Il y a du bon sens et de l’instinct retrouvés dans ces magiciens aux mains vertes qui jouent avec plaisir parmi les bourgeons et les pétales, en se donnant sans compter avec bonheur près de leurs plantes.

Ils peuvent même constater une meilleure résistance au froid, à la chaleur et à la sécheresse de leurs végétaux. Comme-ci ces derniers trouvaient plus de capacités et de résistance dans les circonstances difficiles, lorsqu’ils étaient un peu mieux considérés, aimés et respectés.

Curieuses attitudes de respect tout de même, à l’heure où la violence est la règle et la répression un principe. Ici, même les prédateurs ont une utilité.

Dans ces jardins secrets, des êtres bizarres sont en train de refaire leur monde, le monde et de confirmer ce que les anciennes civilisations nous ont légué avec l’espoir que nous le comprenions un jour : Le rituel des chants d’oiseaux n’est pas un hasard du moment, mais un appel de la vie pour que les plantes s’ouvrent à l’harmonie et offrent en retour leur saveur, beauté et vitalité.

Qu’avons-nous fait de cet hymne à la vie, de nos plantes et de nos oiseaux ?


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