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C. Oubli dangereux

Aménagements inconséquents !

En 1970, l’aménagement CNR du fleuve et de la rivière avec digues, plan d’eau, barrages, soustrait une surface totale d’environ 125 km2 aux crues, soit plus de 15% de la plaine inondée en 1856 en amont de Beaucaire où le fleuve n’a plus droit de visite...

On installe 19 barrages, 14 écluses à grand gabarit, 19 centrales hydro-électriques de Genève à Vallabrègues, on supprime ses magnifiques berges, ses inombrables îles, ses entités paysagères naturelles riches en faune et flore qui sont détruites et remplacées par des digues artificielles.

Le flot impétueux qui nettoyait lui-même son chenal, qui irriguait les lonnes et nappes, qui convenait si bien à de nombreuses espèces faunistiques s’est transformé en canal lent, réduit en hauteur et se comblant peu à peu. Il suffoque autant par manque de mouvement et d’air que par la poubelle qu’il est devenu, obligé de subir le réchauffement inconséquent, mais toléré par l’Etat ( !), des centrales nucléaires dispersées sur son parcours et qu’il faut refroidir l’été... Ce terrain est propice aux algues vertes qui vont un peu plus accroître l’étouffement général. Chez nous, on a déplacé la poubelle de Loriol Mouroumiou vers le plan d’eau de la Sainteté !

Le castor n’a plus de bois à grignoter et d’îles pour s’installer, certaines espèces sont carrément menacées :
- oiseaux : le blongio nain et la sarcelle d’été...,
- reptile : la tortue cistude...,
- mammifère : la loutre...

Des échelles à poissons ont même été placées empêchant dorénavant aloses, anguilles, esturgeons et lamproies marines..., qui auraient résisté aux eaux chaudes rejetées par les centrales, de remonter le Rhône jusqu’au Lac du Bourget pour frayer !

La quarantaine d’espèces halieutiques : ablettes, aprons, barbeaux, bouvières, brochets, gardons, hotus, lottes, ombres, perches, sandres, toxostomes... ne trouvent plus de lieux de vie et de frai.

Dans les roubines, lonnes ou contre-canal, le poisson se fait rare et la pêche n’est plus ce qu’elle était. Les sensations non plus malgré des lâchers occasionnels qui constituent une caricature de pêche, ou en dépit de l’introduction du silure, poisson un peu particulier originaire des pays de l’est, lâché dans les rivières françaises où il prolifère. Trop selon les uns, car il est immangeable et chasse les autres espèces, pas assez selon les autres, car il est excellent et procure des occasions de pêche extraordinaires du fait de sa taille impressionnante : 1 à 2 mètres de long pour un poids de 30 à 40 kg. A croire que les hommes comme les poissons sont devenus fous !

Car, ce qui pour des scientifiques et progressistes s’apparentent à une prouesse technologique, est en fait une monstruosité hydraulique, environnementale et sociale pour ceux qui connaissent leur Rhône sur le bout des doigts.

En attendant de savoir qui aura raison, les crues ont été tenues pendant quelques années loin du territoire. Leurs incursions coléreuses dans la vie du village avaient disparu et les populations, n’ayant plus à subir les inondations, avaient oublié jusqu’à leur existence et leur menace.

Certes, pêcheurs, promeneurs ou sportifs continuent à utiliser ou admirer leurs cours, mais les avantages offerts rendent les hommes si dédaigneux pour ces vagues mousseuses que, tout au long de son cours, le déversement de déchets y est devenu courant.

L’oubli de ces deux puissants cours d’eau n’est pas qu’une erreur dangereuse, elle est une faute grave.

En effet, on remplit leurs champs d’expansions avec des contructions en tout genre, on élève des digues de toutes parts, on laisse envahir leurs lits de sables, graviers, végétaux de toutes sortes, et par dessus tout on envoie vers son lit toujours plus d’écoulements urbains. Jusqu’au jour où, par un principe de vases communiquants inversés, doublé de celui de la revanche de l’exclu, le rappel cruel met les populations devant un dilemne terrible : partir ou se noyer.


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